Une guerre en Corée?

Les exercices militaires américano-sud-coréens se poursuivront jusqu’à la fin du mois, et les menaces de violentes ripostes proférées par la Corée du Nord s’ils persistent deviennent de plus en plus hystériques chaque jour. La semaine dernière, on a diffusé des photos montrant le «grand successeur» en train de signer un décret ordonnant la préparation des missiles de longue portée de la Corée du Nord en prévision d’une attaque contre les États-Unis. Dans la photo, on remarque Kim apposer sa signature sous le regard approbateur des hauts gradés de l’armée.

Suspendue au mur derrière Kim, était une carte judicieusement intitulée «plan de frappe sur le continent américain», laquelle illustrait la trajectoire des missiles de la Corée du Nord vers Hawaii, Los Angeles, Washington D.C. et Austin au Texas. (Pourquoi Austin? N’aime-t-il pas la musique rock indie?). Cela ressemblait à une scène sortie d’un des premiers films de James Bond montrant le repère du méchant, à la seule différence qu’ils ont oublié la caverne.

Ces menaces sont si manifestement creuses que d’instinct, le Pentagone et le département d’État américain ont décidé de les ignorer. La Corée du Nord ne possède pas de missile opérationnel capable d’atteindre l’ouest de l’Alaska, aucune ogive nucléaire miniature pouvant être chargée sur un pareil missile et aucune capacité de ciblage à longue portée. Néanmoins, l’aspect politique de la situation exige une réaction sérieuse à chaque menace, si absurde soit-elle.

Donc, vendredi dernier, le gouvernement américain a envoyé deux bombardiers B-2 à partir du Missouri sans escale afin de larguer des bombes sur des îles inhabitées près de la Corée du Nord, simplement pour rappeler à Pyongyang qu’il en a la capacité.

Pour l’instant, tout cela n’est encore qu’une simple mascarade, et les États-Unis ne joueraient même pas à ce jeu si la philosophie de la politique internationale et nationale ne les obligeait pas à intervenir. Qu’à cela ne tienne, ils jouent le jeu, et le risque d’erreurs de jugement est très préoccupant.

Les dirigeants de l’armée nord-coréenne sont sans doute conscients qu’ils doivent éviter de déclencher une guerre nucléaire avec les États-Unis. Toutefois, ils estiment peut-être que leur dizaine d’armes nucléaires leur permet d’employer de la force conventionnelle sans être exposés à des représailles nucléaires américaines. Et l’armée nord-coréenne a amplement de force militaire conventionnelle à sa disposition.

On dénonce les menaces de Kim Jong-un comme étant des fanfaronnades presque tous les jours. Ainsi, il se sentira peut-être un jour obligé DE PASSER AUX ACTES pour rétablir sa crédibilité. Sa riposte se limiterait probablement à une attaque locale restreinte, mais dans le climat psychologique actuel, cette situation risquerait de dégénérer rapidement en guerre conventionnelle généralisée.

Ce serait une grande guerre, parce que même si les armes de la Corée du Nord sont pour la plupart de génération précédente, cela représente un désavantage mineur en guerre terrestre ainsi qu’en guerre aérienne et en mer. Les soldats nord-coréens sont bien formés, puis l’armée en compte plus de un million.

Les Nord-Coréens mèneraient une attaque contre le Sud sur trois fronts, assortie d’opérations des forces spéciales au cœur du territoire sud-coréen, comme ils l’ont fait en 1950. La géographie leur donne peu de possibilités. La stratégie américano-sud-coréenne rappellerait aussi celle de 1950-1951: limiter les attaques de la Corée du Nord le plus près possible de la frontière, puis mener une contre-attaque sur la côte ouest sur un axe avançant vers le nord en passant par Kaesong jusqu’à Pyongyang.

Même si l’armée de l’air nord-coréenne était effectivement anéantie durant les premiers jours de bataille, comme cela serait probablement le cas, il s’agirait d’une guerre terrestre très mobile et âpre menée dans un territoire à forte densité de population provoquant de fortes pertes et une destruction massive. Le monde n’a pas vécu une guerre de ce genre depuis plus de 50 ans.

Nous n’avons vraiment pas besoin de revivre une telle guerre.