Samuel de Champlain

 Personnage énigmatique que ce Samuel de Champlain. On ignore la date exacte de sa naissance: quelque part entre 1567 et 1580. Il est né probablement à Brouage, en Saintonge, mais on n’en est pas absolument sûr. Son père était un membre de la noblesse, un capitaine de marine ou un pauvre pêcheur. S’appelait-il Samuel de Champlain ou simplement Samuel Champlain?

On ignore s’il fut baptisé catholique ou protestant. Brouage était une ville protestante, et il épousa une protestante; mais quand il parle aux Indiens de religion, c’est la doctrine catholique qu’il leur expose. Somme toute, on est sûr de bien peu à son égard avant sa venue en Acadie. On ne possède même pas de portrait authentique du personnage. Voilà bien du mystère… Mais ce qui n’est pas du tout mystérieux, c’est l’envergure de ce personnage et son rôle dans les débuts de l’Acadie et de La Nouvelle-France.

Pourtant, c’est comme simple passager qu’il s’embarque en 1603 avec François Gravé du Pont. Mais ce passager est un surdoué qui voit tout, questionne les Indiens, nomme quelques-uns des lieux visités; même si nulle part on ne lui attribue la fonction de cartographe, il trace des cartes étonnamment précises de plusieurs des lieux qu’il visite. L’expédition visite les côtes, remonte le Saint-Laurent; Champlain remontera le cours du Richelieu. Il ne semble pas être venu en Acadie lors de ce premier voyage, mais il en entendit certainement parler.

Dès l’année suivante, en effet, il s’embarque à nouveau pour la traversée, cette fois sous les ordres de Pierre Du Gua de Monts; et il semble bien que ce soit sous l’influence de Champlain qu’on se soit donné comme destination les côtes d’une baie que de Monts baptise Française — aujourd’hui la baie de Fundy. Le départ eut lieu en mars 1604. L’expédition aborde en mai la côte sud de la Nouvelle-Écosse actuelle, et un groupe part explorer la côte du côté ouest. Champlain explore les environs; pendant un mois, il parcourt le territoire jusqu’à la rivière des Pentagouet (aujourd’hui Penobscot), parcourt quelque 250 kilomètres, s’enfonce à 80 kilomètres à l’intérieur des terres. Il décrit minutieusement chacun des lieux qu’il visite.

C’est aussi Champlain qui donnera son nom au site de Port-Royal; c’est lui aussi qui proposera l’île Sainte-Croix, sur la rivière du même nom, comme site d’un logement pour la petite troupe d’artisans et de soldats destinés à jeter les bases d’une éventuelle colonisation. Les arbres majestueux des environs fournissent le bois pour la construction d’une sorte de petit village en miniature, avec poste de traite, logements pour les hommes (il n’y a pas de femmes dans le groupe), magasin à provisions, four à pain, moulin pour moudre le grain.

Malheureusement, ce choix s’avérera désastreux. Cet hiver-là fut particulièrement froid; et le dégel venu, les glaces formèrent des embâcles qui empêchaient tout contact avec la terre ferme. Le scorbut, maladie due à une carence de vitamine C, se déclare et décime la petite population; sur 79 hommes, 35 succomberont à ce mal horrible. Il fallait trouver un nouvel emplacement.
La petite colonie, ou du moins ce qui en restait, se réinstalla de l’autre côté de la baie Française, à Port-Royal. Cette fois, on est mieux préparé; l’habitation sera conçue de manière à résister au climat. Champlain, qui n’a toujours pas de statut officiel, part en voyage d’exploration avec de Monts.

Ils parcourent la côte vers le sud, nommant au passage plusieurs points du littoral: la baie des Sept-Îles, la baie de Chouacouët (aujourd’hui Casco Bay et Saco Bay, dans le Maine), Cap aux Îles (Cape Ann), la baie des Îles (baie de Boston), le cap Blanc (Cape Cod): en tout, près de 650 kilomètres de côte. Champlain trace de ce parcours une cartographie d’une étonnante précision, compte tenu des moyens et des instruments dont il dispose; on peut à cet égard le considérer comme le premier cartographe de la Nouvelle-Angleterre, bien que tout ce territoire ait été considéré alors comme faisant partie de l’Acadie.
De retour à Port-Royal, Champlain s’aménage un logement, construit une écluse pour y retenir des truites, s’adonne au jardinage. L’hiver 1606-1607 sera beaucoup moins pénible que les précédents. De Monts avait fait un voyage en France, en était revenu avec de nouvelles recrues, dont l’apothicaire Louis Hébert et l’avocat-poète Marc Lescarbot. Champlain fonde une sorte de confrérie qu’il nomme l’Ordre de Bon Temps. Chacun des membres, à tour de rôle, a le devoir de préparer un festin à l’intention de la petite troupe. De Monts a apporté du vin de France; le pays regorge de gibier de toute sorte; et il semble que ces repas gastronomiques aient été agrémentés par quelques colons musiciens.

Au printemps, de Monts perdit le privilège royal qui l’autorisait à faire le commerce des fourrures. Sans ce soutien financier, la petite colonie ne pouvait survivre; les colons furent rapatriés en France. Champlain partit une fois de plus explorer la côte, cette fois vers le nord. Il traça la carte du littoral jusqu’à l’Île-Royale (Cap-Breton), de sorte que grâce à lui, toute la côte atlantique se trouva cartographiée, de la Nouvelle-Écosse actuelle jusqu’au Massachusetts.

Samuel de Champlain quitta l’Acadie avec Pierre Du Gua de Monts pour aller sur le fleuve Saint-Laurent fonder une nouvelle colonie sur le cap Diamant. Son histoire se confond désormais avec celle de la ville de Québec. C’est là qu’il mourra, en 1635, le jour de Noël, âgé de 45 ou 58 ans (ou quelque part entre les deux). Mais le rôle de cet homme exceptionnel dans les premières tentatives de colonisation en Acadie ne saurait être ignoré. Sans jamais y occuper de fonction officielle, il a été un des animateurs de ce petit groupe isolé, a influencé les décisions des dirigeants et déployé une énergie extraordinaire tout au long de son séjour en Acadie.

Aujourd’hui, son nom est associé à de nombreux établissements, depuis un centre commercial (Place Champlain) jusqu’à un centre scolaire communautaire à Saint-Jean. Il est écrit dans notre histoire en caractères indélébiles.

➣ Sources: — Marcel Trudel, Dictionnaire biographique du Canada en ligne – Samuel de Champlain; Marcel Trudel, Dictionnaire biographique du Canada en ligne – François Gravé du Pont; commons.wikipedia.org/wiki/File: 1613_Habitation)Port_Royal.jpg