Quelques mots aimables

 Le président américain, Barack Obama, a fait un compliment de trop: il a osé dire à la ministre de la Justice de Californie, Kamala Harris, qu’elle était «la plus belle ministre de la Justice du pays.»

Quelle insulte! Quel culot! Quel manque de tact! Quelle effronterie!

Non mais, franchement! Depuis quand un président américain peut-il se permettre d’offrir publiquement un compliment à une femme?

Il a dû s’excuser, bien sûr. Et il peut s’estimer chanceux que les Républicains n’aient pas décidé illico d’entreprendre des procédures de destitution à son égard, eux qui ne savent plus quoi inventer pour rendre son deuxième mandat infernal.

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Une chance que de fins observateurs de la scène politique ont révélé que ce geste constituait un scandale, sinon beaucoup d’hommes auraient pu être tentés de commencer eux aussi à faire des compliments aux femmes. Et peut-être aux hommes, un coup parti, afin de ne pas passer pour des homophobes.
Prodigue de ses mots, Obama a aussi déclaré que cette belle ministre de la Justice était «brillante, engagée et stricte». Oh la la! Que de compliments! Il n’a cependant pas eu à s’excuser pour ces trois qualités, puisque les fins observateurs, pourfendeurs du vice et protecteurs de la morale publique, ne semblent pas s’être formalisés outre mesure de cette dépense d’épithètes. Du moins ils n’en ont pas fait de cas.

Toutefois, mieux vaut ne pas ébruiter la chose, car cela pourrait donner aux hommes l’envie de se mettre à trouver des qualités aux femmes et, pire, de le leur dire! Elles qui ne demandent que l’égalité, la simple égalité, pas de passe-droit, pas de galanterie, pas de clins d’œil, juste sortir les vidanges et baisser le siège des toilettes, bref, le type d’égalité sans maquillage que les hommes partagent déjà entre eux.

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Ce qui m’amène à la réflexion suivante: pourquoi les femmes se font-elles coquettes? Pour séduire les hommes, certes. Mais pourquoi séduire les hommes si elles exigent d’eux un traitement basé strictement sur l’égalité?

Est-ce que la séduction nivelle l’égalité? N’y a-t-il pas, tapi dans l’ombre de la séduction, un avatar du phénomène de domination du mâle sur la femelle? Ou une tentative de domination de la femelle sur le mâle? Le débat est lancé.

En tout cas, il me semble qu’il s’agit avant tout d’une question de biologie. Les êtres humains sont programmés pour se reproduire.

Et si chez les oiseaux, c’est généralement le mâle qui exhibe ses atours pour séduire la femelle, il semble bien que chez l’humain ce soit la femelle qui doive séduire le mâle. Du moins, on peut aisément le croire quand on voit l’extraordinaire arsenal de cosmétiques, de coiffures, de teintures, de mèches, de perruques, de faux cils, de faux ongles, de faux seins, de bijoux, de dentelles, de strings et de leggings que les femmes utilisent pour se faire belles et avoir un air naturel.
Et elles ne le font certainement pas pour passer inaperçues!

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On se surprend ensuite de l’hypersexualisation des jeunes. Particulièrement des adolescentes. Les tenues émoustillantes qu’elles affectionnent ne représentent pourtant que la pointe de l’iceberg de cette hypersexualisation.

Cette danse du ventre collective n’est pas fortuite. C’est la biologie qui danse! Et même si à l’adolescence notre destin sexuel n’est pas encore bien clair, bien tracé, la biologie est plus forte que notre pensée et elle nous pousse à expérimenter. Qu’on soit gay ou straight.

Et peu importe l’époque, les filles veulent être belles. Et elles veulent entendre des garçons leur dire qu’elles sont belles. Et c’est normal.

Ce qui serait anormal, ce serait que les parents, éducateurs et autres intervenants de la vie quotidienne de ces jeunes se scandalisent d’entendre un garçon dire à une fille: «Tu es la plus belle fille de l’école!».

C’est pourtant ce que font les médias et les adversaires de Barack Obama.

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Cela dit, je me demande à quel âge les hommes doivent arrêter de faire des compliments aux femmes sous peine de passer pour des machos. Et je me demande s’il existe des métiers, des professions, des vocations où il est interdit de faire un compliment sous prétexte que ce serait sexiste, machiste, patriarcal, condescendant, et que sais-je encore.
Au Canada, il y a belle lurette que les hommes politiques ne complimentent plus les femmes. Unetelle, députée ou ministre, aura beau porter le plus beau maquillage du monde, enfiler la plus belle robe du monde, être la plus séduisante du monde, il serait probablement suicidaire qu’un collègue député ou ministre ose la complimenter publiquement sur les attraits qu’elle s’efforce pourtant de mettre en valeur!

Bref, Unetelle est condamnée à tout faire ça pour rien!

C’est triste, non?

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Bien évidemment, je blague quand je reproche au président Obama d’avoir dit quelque chose de scandaleux. Pour une fois qu’un chef d’État prononce une phrase que tout le monde peut comprendre, et qui le rapproche du monde, une phrase simple et belle célébrant la vie tout simplement, on ne fera pas semblant d’être scandalisé. Comme le font, hypocritement, les médias américains et les adversaires d’Obama.

Moi, ce que je trouve scandaleux, c’est le fait que les émissions d’informations à la télé américaine (mais pas seulement américaine) ne nous servent presque plus que de mauvaises nouvelles, des images de haine, de guerre, d’attentats, de crimes, de tragédies, de cataclysmes. Et que, pour ne pas être en reste, les émissions de divertissement nous inondent également, tous les soirs, de meurtres, de crimes violents, de sang, de viscères répandus, de cadavres en putréfaction, gisant dans leur sang ou sur une civière d’un laboratoire d’autopsie.

Alors, quand ces médias, après avoir squatté les ondes de ces images morbides, lugubres, glauques et dégueulasses, tentent en plus de faire d’un simple compliment presque banal d’un homme à une femme un scandale national, au nom d’on ne sait plus trop quelle vertu, ils témoignent d’une hypocrisie hors du commun bien plus scandaleuse que ne le seront jamais ces quelques mots aussi aimables que naturels. Han, Madame?