Des pions mal placés sur l’échiquier économique

Bon, je n’ai pas le temps de lire L’Art de la guerre ce matin. Il me faut rédiger une chronique puis m’empresser de «corriger» la version anglaise de Pour sûr, traduction de Robert Majzels, qui paraîtra en juin. Un brave homme ce Majzels, et très gentil en plus.

Il m’a fait cadeau d’un livre emprunté et lu il y a plusieurs années, puis que j’ai cherché à me procurer, mais sans succès. Il s’agit du Bruit de la neige du Français Gilles Lapouge. Lors de ma première lecture, j’avais été fascinée par des phrases comme «Ce monarque… craignait le froid, mais il ne voulait pas l’abîmer», ou encore «Le feu de bois a l’avantage de sentir le bois et le feu. Il crépite. Ses flammes font un bruit de soie. Il brille. Il mélange la lumière avec l’ombre, les fait trembler ensemble. Des grand-mères passent dans ces tremblements». Ça en bouche un coin au propane ça, non?

Je retiens de ma deuxième lecture, toute récente, le compte-rendu que fait Lapouge de Voyage avec un âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson (1850-1894). Voyez par vous-même: «Ce qui énerve Stevenson, c’est que Modestine n’en fait qu’à sa tête et sa tête est baroque. Impropre à former un projet sérieux, l’âne change d’idée au bout de chaque champ et il est incertain sur ses désirs: il néglige un panorama sublime pour s’attarder, médusé, sur une touffe de chardons, une maison en ruine. Sans dessein, il est ouvert à toutes les aventures, à l’inattendu, à l’incohérent. Il est de surcroît très sociable: dès qu’il aperçoit un autre âne, il va lui dire bonjour pour établir un petit commerce. Il ne chemine point. Il dérive.» Vous voyez bien qu’avec des amis comme Majzels et Lapouge, je n’avance pas, je recule.

Mais pourquoi aurais-je besoin d’avoir lu L’Art de la guerre? Sans doute pour répondre à qui n’aspire qu’à faire de nous des pions mal placés sur l’échiquier économique. Comment leur faire comprendre? Tant pis, un autre chapitre de For sure et je m’en vais dénicher le livre de Stevenson.