Chapeau, Marguerite!

Il était une fois un personnage de roman jeunesse issu de la Péninsule de Port-au-Port, à Terre-Neuve. Il s’appelait Elvis Bozec, Breton par un ancêtre pêcheur de morue et Acadien par sa mère, une Chiasson de Chéticamp. Né de mon imaginaire, il ressemblait, à s’y méprendre, à deux jeunes Franco-Terre-Neuviens dont j’admirais l’enthousiasme identitaire et linguistique.

J’avais accouché d’Elvis pour les écoles de l’Atlantique, répondant à une commande de fonctionnaires soucieux de donner aux élèves des livres de chez eux, pourvu qu’on y parle la langue de Molière avec une perfection digne de la Sorbonne bien plus que du Centre scolaire et communautaire Sainte-Anne du petit village de la Grand’Terre. Ni Elvis, ni sa sœur, ni le père «I guess que Oui», ni moi ne voulûmes nous plier aux corrections imposées et c’en fut fini du projet scolaire. La déception fut grande pour nous tous, jusqu’au moment où je présentai Elvis à Marguerite Maillet. «Moi, je vais le publier», répondit-elle. Comme dans les meilleurs contes, «aussitôt dit, aussitôt fait» et Elvis tout heureux de son coup (et, qui plus est, équipé de ravissantes illustrations), s’en fut épater ses camarades de classe et sa communauté: un roman qui se passait dans leur école, un trésor caché dans leur village et des personnages qui utilisaient le parler local, qui le valorisaient alors que, si souvent, on le ridiculisait, ma foi on n’avait jamais vu ça avant.

Alors qu’on honore cette semaine les longues années de Marguerite Maillet à la barre de Bouton d’Or Acadie, son amour de la lecture, de l’écriture et sa compréhension intime de la jeunesse, Elvis Bozec est venu me demander de la remercier de l’avoir accueilli à un moment bien noir de sa jeune histoire, de l’avoir laissé s’exprimer avec ses mots à lui qui fredonnent la mer, la Bretagne, Terre-Neuve et l’Acadie. En son nom et au nom des centaines de jeunes Terre-Neuviens qui aujourd’hui connaissent mon «petit Elvis», au nom de tous les Elvis, Ti Jean et autres personnages en quête d’éditeurs qui trouvent chez Bouton d’Or «une maison», au plus pur sens du terme, merci Marguerite!