Une grande leçon d’humilité

Le Conseil consultatif de l’alphabétisation du Grand Moncton organisait dimanche dernier une cérémonie en l’honneur des gagnants d’un concours d’écriture ouvert aux adultes en (ré)apprentissage de lecture et d’écriture. Il y avait six lauréats au total, trois chez les anglophones et trois chez les francophones, mais il se trouve que la plupart des lauréats étaient en fait des lauréates.

Après avoir été dûment nommées et chaudement applaudies, quelques lauréates ont bien voulu lire leur texte. Toutes soulignèrent les sentiments de fierté, de soulagement et de libération qu’elles éprouvaient du fait d’avoir enfin appris à lire. Ces lectures me firent prendre conscience à quel point cette chose qui semble aller de soi – lire, écrire – n’est pas donnée à tout le monde. Et qui plus est, une fois acquise, à quel point cette maîtrise de l’alphabet représente une richesse inestimable pour ceux et celles à qui cet apprentissage avait fait défaut.

En tant qu’écrivains du Nouveau-Brunswick, David Adams Richards et moi-même étions invités à dire un mot à l’occasion de cette fête. Les réflexions de notre écrivain de la Miramichi furent percutantes. M. Richards a souligné que de savoir, ou non, lire et écrire ne change rien aux qualités humaines des personnes, et que dans ce sens, il est désolant de constater que beaucoup de gens de valeur souffrent en silence et vivent avec la honte de ne savoir ni lire ni écrire. Aussi a-t-il rendu un hommage senti à ces adultes de tous âges qui décident un jour de retourner sur les bancs d’école pour apprendre, ou réapprendre, à lire, à écrire. Leur courage, a-t-il dit, est digne de notre plus haute admiration. L’écrivain a aussi exprimé toute sa gratitude aux personnes qui se dévouent à l’alphabétisation, car c’est grâce à elles si des êtres humains frappés d’une certaine malchance réussissent à se réapproprier leur vie.

David Adams Richards n’a pas eu besoin de faire de littérature pour nous transmettre ses pensées et sentiments sur le sujet de l’alphabétisation. Il a simplement parlé avec cœur du milieu ouvrier de son enfance. Jamais le mot «humanité» n’aura eu autant de résonnance pour moi que sortant de sa bouche.

Merci, David Adams Richards, pour ce moment exceptionnel.