Israël a choisi son camp

Après avoir lancé deux importantes frappes aériennes près de Damas en trois jours, Israël a informé le régime d’al-Assad qu’il n’a pas choisi de camp dans la guerre civile syrienne. Sauf qu’il est clair qu’il a fait un choix.

Le gouvernement syrien a vite déclaré que les attaques israéliennes confirmaient ce qu’il soutient depuis le début: que les «groupes de terroristes armés» qui tentent de renverser le régime de Bachar al-Assad (c.-à-d. les militants hostiles au régime de l’Armée syrienne libre) sont les instruments d’une alliance diabolique entre Israël, les États-Unis, les États arabes conservateurs comme l’Arabie saoudite et le Qatar, ainsi que les fanatiques islamistes sunnites d’al-Qaïda.

C’est tout à fait ridicule. Néanmoins, il est vrai que l’Armée syrienne libre reçoit de l’argent et des armes de l’Arabie saoudite et du Qatar, et que les États-Unis l’appuient sur le plan diplomatique. Il en va de même pour la quasi-totalité des autres membres de l’OTAN.

Il est vrai que les brigades Al-Nosra, la plus efficace des forces combattantes de l’Armée syrienne libre, sont composées d’extrémistes islamistes dont les chefs prétendent être affiliés à al-Qaïda.

Puis, il est vrai qu’Israël attaque désormais des cibles militaires en territoire syrien. L’État hébreu insiste sur le fait qu’il ciblait en réalité des missiles perfectionnés et des armes antiaériennes que la Syrie prévoit livrer à la milice du Hezbollah au Liban.

Cette situation est très plausible. Le Hezbollah a réussi à paralyser l’armée israélienne sur le territoire du sud-est du Liban en 2006, et Israël s’inquiète de ce que le groupe radical serait en mesure d’accomplir avec des armes plus sophistiquées.

Pourtant, les frappes aériennes ont eu lieu en territoire syrien. Selon le régime al-Assad, elles représentent une «déclaration de guerre», et c’est exact. Non pas que les Israéliens aient décidé qu’al-Assad devait disparaître. Ils ont simplement scruté l’horizon, décelé une guerre imminente dans le monde arabe oriental et décidé qu’ils doivent se ranger du côté des sunnites.

Cette guerre est déjà en cours en Syrie, où des hommes de la communauté musulmane sunnite majoritaire sont les principaux combattants dans une révolte contre un régime contrôlé par les chiites de la secte des alaouites. Nous assistons peut-être à une reprise d’une guerre similaire en Irak, où la majorité chiite qui domine le gouvernement a déjà mené une guerre civile contre la minorité sunnite en 2005-2007.

Les deux guerres entre les sunnites et les chiites pourraient alors s’enchevêtrer et se propager au Liban, où les chiites du Hezbollah sont en conflit avec les communautés musulmanes sunnites et chrétiennes. Des armes, de l’argent, peut-être une aide militaire directe proviendraient de l’Iran chiite d’un côté, puis des pays sunnites du Sud (la Jordanie, l’Arabie saoudite et les petits États du golfe Persique) de l’autre. Advenant une telle guerre, Israël préférerait sans doute une victoire sunnite.

L’État hébreu n’a aucune envie de jouer un rôle actif dans une guerre entre sunnites et chiites. De plus, une intervention de sa part serait mal accueillie par les deux camps. Israël craint que des régimes islamistes radicaux prennent le pouvoir en Syrie, dans l’ouest de l’Irak et même au Liban si les sunnites remportaient une telle guerre. Israël a des relations pacifiques avec ses voisins sunnites du Sud, tandis que les régimes chiites au nord en Syrie et en Irak et le groupe Hezbollah du sud du Liban sont tous ses ennemis jurés.

Si on en arrive à un conflit généralisé, Israël sait bien quel côté il souhaite voir gagner. D’ici là, il se sent beaucoup plus libre de mener une intervention armée directe contre le régime syrien et le Hezbollah s’il estime que ses intérêts sont menacés.