Des histoires pour animer l’été

Avec l’été qui pointe le bout du nez, timidement il est vrai, il est temps de penser aux lectures qui vont agrémenter les belles journées et soirées. Voici quatre ouvrages qui devraient plaire aux lectrices et lecteurs âgés de 8 à 10 ans. Après tout, il n’y a pas que les adultes qui lisent durant l’été.

Qu’arrive-t-il quand on oublie l’enfant qu’on est? Peut-être trouverez-vous un début de réponse dans Capitaine Baboune (Bouton d’or Acadie), un roman de Michel Ouellette. Arnaud a été enlevé par le vilain Capitaine Baboune (qui porte très bien son nom) alors qu’il ne veut plus jouer dans la neige avec son petit frère Loïc. Ce capitaine dirige un bateau pirate volant (eh oui: au-dessus des nuages) dont l’équipage est composé d’enfants enlevés. Pour voguer, cet étrange vaisseau dépend de la discorde et de la mésentente qui règnent dans l’équipage. Dès que l’harmonie apparaît, le bateau n’avance plus. Avec son fidèle dragon, qu’Arnaud ne voit plus, Loïc part à la poursuite du vaisseau afin de délivrer son frère, ce qu’il réussira bien évidemment.

Le message est amusant et double: d’un côté, la solidarité est la clé d’une vie harmonieuse, de l’autre, il faut savoir préserver l’enfant qui est en nous. Le récit est tonifiant et la plume précise et imaginative de Ouellette y est pour beaucoup. Les illustrations de Réjean Roy sont évocatrices et riches en couleurs, tandis que des effets de calligraphie viennent rehausser la mise en pages. Comme Ouellette utilise un vocabulaire aussi inventif que drôle, un lien est créé avec le site Internet de Bouton d’or, ce qui permet d’avoir accès aux définitions.

Denis M. Boucher aime jouer avec la réalité ou encore se jouer du réel. Avec Un extraterrestre à l’école (Éditions de la Francophonie), il nous introduit dans le monde de Sofia, une grande de deuxième année, de sa sœur, Émilie, une brave élève de maternelle, de leurs amies Ysane et Olivia, et de leur ami Olivier. À la radio, on annonce qu’on aurait peut-être aperçu des soucoupes volantes dans le ciel de Dieppe. Il n’en faut pas plus pour que nos amies s’inquiètent et décident d’ouvrir une enquête. De petits indices en grandes découvertes, nos enquêteurs découvrent dans leur école des «preuves» qu’un extraterrestre s’y cache. L’action ne dure qu’une journée et se termine d’une façon tout à fait logique.

Écrit d’une plume vive, ce petit roman est amusant. Boucher est fidèle à l’univers qu’il a développé dans ses romans. Mais alors que les précédents s’adressent aux 10 ans et plus, celui-ci conviendra aux 8 à 10 ans. Quelques références à la réalité régionale contribuent à l’enraciner. Ainsi, Olivia est la fille de l’animateur du matin à la radio dont on ne donne que le prénom, Michel. Si vous écoutez Radio-Canada, vous aurez reconnu le Doucet qui nous accompagne à l’aube.

Ce n’est pas un extraterrestre qui est au cœur du Monstre de l’île Miscou (Éditions La Grande Marée) de Jacques P. Ouellet, mais la Gougou, cette ogresse des légendes micmaques. Une première version de ce roman pour les enfants âgés de 8 à 10 ans avait été publiée en 2001. La nouvelle édition est de bien meilleure qualité. Le texte a été peaufiné, les illustrations couleur d’Anne-Marie Sirois, qui n’étaient pas celles de la première édition, servent bien le texte, d’autant plus que le papier glacé les met en relief.

Le récit en soi se tient: Jean-Sébastien, un enfant âgé de 10 ans, se passionne pour la légende de la Gougou que son grand-père Théophile aimerait voir préservée de l’oubli. S’ensuit une opposition entre le grand-père qui s’amuse à parler de la Gougou et la mère qui aimerait mieux que son fils distingue la réalité de la légende. Une visite au phare de Miscou vient animer l’intrigue, qui demeure un peu fragile. Par exemple, Jean-Sébastien découvre au petit matin les casiers à homards du grand-père rejetés sur la plage. Il pense qu’il s’agit de la Gougou, mais cette anecdote, porteuse d’une histoire, est aussitôt abandonnée: on ne saura jamais la cause de ce désastre, pourtant très important pour le pêcheur qu’est le grand-père.

Dans un registre d’une touchante délicatesse, Murielle King nous invite à lire ce que Grand-maman Timur raconte (Éditions de la Francophonie). Les cinq contes qui forment ce petit livre ont une volonté de faire réfléchir le jeune lecteur, mais sans être moralistes.

Qui est donc Petit Brunet raconte la fin tragique d’un jeune ver de terre trop aventureux, victime d’un rouge-gorge, sous l’œil attentif d’un garçon. Dans Pompon, le bébé lièvre, Laura recueille un jeune lièvre blessé. Mais elle sait qu’elle doit le relâcher une fois qu’il sera guéri. Une leçon de vie. La dent de Francis préoccupe le jeune Francis, mais pas pour la raison que l’on peut supposer. Une amusante histoire bien structurée. À chacun son étoile raconte comment Kristina s’est passionnée pour l’astronomie.

Enfin, un conte animalier de Noël clôt le livre.

Murielle King possède une plume souple et sobre, toute au service de son récit. C’est charmant, un petit peu vieillot dans la façon d’approcher ses histoires, mais après tout, c’est une grand-mère qui nous les conte.