Encore une fois le hasard

Au retour de New York, le frigo étant pratiquement vide, il fallait bien refaire des provisions. Je me rends au supermarché, je pense avoir une quarantaine de dollars en poche, mais rien d’autre, pas de carte plastifiée. Je considère que j’ai assez d’argent pour acheter l’essentiel.

À mesure que j’avance dans les allées du supermarché, j’ajoute quand même un peu de superflu dans mon chariot, du chocolat par exemple. Rendue à la caisse, j’examine mes achats et je compte sommairement l’argent que j’ai en poche: 35 $ en billets, 7 $ en grosses pièces et des petites pièces que je ne compte pas. Je place mes articles par ordre d’importance sur le tapis roulant. En dernier, séparés du reste, trois articles dont nous pourrions nous passer, advenant que je manque d’argent.

La cliente qui me précédait termine ses achats, je prends sa place. La caissière s’appelle Stéphanie.
– Tu peux te rendre jusqu’à 42 piasses… pis ces trois choses ici, à la fin, je les prendrai juste si j’ai assez d’argent.

Stéphanie acquiesce, nous démarrons, je me mets à remplir mes sacs de toile. Au dernier article des achats que je considère comme essentiels, en l’occurrence un petit sac de crosses de fougères (l’expression «têtes de violon» viendrait-elle de l’anglais?), Stéphanie me regarde:
– Avec ça, ça fait 42,52 $… ben,
42,50 $ vraiment…

J’aime quand l’arrondissement des cents tombe en ma faveur. Je prends le risque d’avoir ces 50 cents, car ce serait trop bête de nous priver de fougère.

– OK, on va les prendre.

– Comme ça, tu veux pas les autres affaires?

– Non, je m’excuse… je vous fais travailler pour rien…

– Ah non, ça fait rien ça…

Je sors mes billets et mes pièces. À la fin du compte, croyez-le ou non, j’arrive à 42,50 $ exactement. Je vous le jure. La caissière semble aussi impressionnée que moi. Nous rions.

Bon, c’est quand même le deuxième «gros» hasard en autant de jours. Et jamais deux sans trois, n’est-ce pas? Forcément, ce troisième «gros» hasard serait bourré de signification, non? Alors j’attends, j’essaie d’oublier que peut-être une révélation me guette au coin de la rue, au coin de l’heure…