L’Union africaine et la Cour pénale internationale

La surprise de la semaine dernière: le club des présidents africains (aussi connu sous le nom d’Union africaine) a tenu une réunion extraordinaire et a déclaré que les présidents africains devraient bénéficier de l’immunité pour les génocides, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre durant leur mandat. Selon leurs dires, ils prennent cette initiative parce que la Cour pénale internationale (CPI) s’en prend injustement aux Africains: les huit dossiers faisant l’objet d’une enquête visent des crimes commis dans des pays africains.

«Nous ne demandons pas mieux que d’avoir une tribune internationale pour la justice et la responsabilisation, mais quel choix avons-nous devant la chasse raciale et les préjugés que nous récoltons à la CPI?», a déclaré le président du Kenya, Uhuru Kenyatta (comme par hasard, ce dernier fait l’objet d’accusations devant la CPI).

«La Cour pénale internationale n’est plus le lieu de la justice, mais le jouet des pouvoirs impérialistes en déclin.»

Il y a 20 ans, l’accusation voulant que la CPI ne soit qu’un instrument d’oppression impérialiste et de racisme occidental aurait encore bien passé en Afrique. Or, le public est beaucoup plus averti aujourd’hui. La modeste proposition de l’Union africaine a vivement été dénoncée sur le continent par des Africains bien conscients que leurs chefs peuvent être aussi cyniques et égoïstes que n’importe quels autres chefs ailleurs dans le monde.

C’est l’archevêque Desmond Tutu, le héros âgé de 82 ans de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, qui s’est montré le plus éloquent dans son opposition. «Les chefs qui tentent d’échapper (à la CPI) cherchent en réalité une latitude pour tuer, mutiler et opprimer leur propre population en toute impunité», a-t-il déclaré.

«Ils accusent simplement l’institution d’être raciste et injuste, comme l’ont fait Hermann Goering et ses collègues nazis avec les procès de Nuremberg après la Seconde Guerre mondiale.»

Alors, la CPI est-elle vraiment un organisme raciste qui attaque de façon indue les États africains? Certes, le fait que les huit cas dont est saisie la CPI visent des pays africains semble suspect, mais les choses sont plus complexes qu’elles en ont l’air au premier abord.

Cent vingt-deux pays ont déjà ratifié le Statut de Rome ayant institué la CPI en 1998, dont les deux tiers des pays d’Afrique et tous les pays de l’Amérique latine, à l’exception de Cuba et du Nicaragua. La procureure générale de la CPI est Africaine (la Gambienne Fatou Bensouda), comme cinq de ses dix-huit juges d’ailleurs.

Quatre des huit dossiers dont est saisie la Cour pénale internationale (Ouganda, Mali, République démocratique du Congo et République centrafricaine) lui ont été renvoyés par les pays africains eux-mêmes. Deux ont été entamés par la procureure générale de la CPI (Kenya et Côte d’Ivoire). Et sur les sept nouveaux dossiers en instance (Afghanistan, Géorgie, Guinée, Colombie, Honduras, Corée et Nigeria) deux seuls visent des pays africains.

Il ne s’agit pas d’une conspiration dirigée contre l’Afrique. Et l’Union africaine ne défend pas non plus les droits des Africains. Elle représente un club exclusif de présidents africains qui tente de soustraire ses propres membres – les chefs du Soudan et du Kenya – à la justice et de protéger le reste de ses membres contre d’éventuelles poursuites.

Comme l’a mentionné l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, ce serait une «marque de honte» pour l’Afrique s’ils réussissent à le faire, mais ils n’y parviendront peut-être pas. Ils peuvent facilement rejeter du revers de la main les opinions de la «communauté internationale» (peu importe ce que cela veut dire), mais ils risquent d’avoir plus de difficulté à rester sourds à l’indignation qu’ils soulèvent chez leurs propres citoyens.