La Russie, les Maldives et la vision à court terme

Le court terme l’emporte presque toujours sur le long terme, même lorsque les gens savent où réside vraiment leur intérêt personnel à long terme. Prenons par exemple le duo bien connu de la Russie et des Maldives.

Le 18 septembre, le navire de Greenpeace Arctic Sunrise s’est arrêté près de la plate-forme de forage Prirazlomnaïa au large de la côte arctique russe et a déployé quatre bateaux gonflables. L’objectif était d’accrocher sur la plate-forme une bannière dénonçant les plans de la Russie pour l’exploitation des gisements de pétrole et de gaz situés dans le fragile écosystème de l’Arctique, d’autant plus que la consommation de tout ce pétrole et ce gaz supplémentaires vont accélérer le réchauffement.

Il n’y avait aucune arme à bord du navire, et les manifestations de Greenpeace sont toujours pacifiques. Pourtant, des forces d’ordre armées russes ont fait une descente à partir d’hélicoptères et ont arrêté les 30 membres d’équipage. On les a amenés au port russe le plus proche, celui de Mourmansk.

Un mois plus tard, les militants, qui sont originaires de la Grande-Bretagne, de la France, du Canada, de la Russie, du Brésil, de la Nouvelle-Zélande et de onze autres pays, sont toujours en prison. La moitié d’entre eux ont déjà été accusés de «hooliganisme», qui est passible d’une peine d’emprisonnement de 5 à 10 ans. Tout l’équipage s’est vu refuser la mise en liberté sous caution, et ils devront probablement attendre plusieurs mois avant de subir un procès.

L’État russe réagit souvent de façon excessive devant des contestations. De plus, la plate-forme appartient à Gazprom, une entreprise d’État, mais il n’en demeure pas moins que c’est une réaction extrême. Par ailleurs, le gouvernement du président Vladimir Poutine est conscient des ravages que feront les changements climatiques en Russie: il évoque même l’idée d’avoir recours à la géo-ingénierie comme solution ultime. Alors pourquoi Moscou a-t-il laissé Gazprom faire des forages dans le plancher océanique de l’Arctique?

Parce que la prospérité relative de la Russie des dix dernières années repose en grande partie sur l’exportation de pétrole et de gaz. Parce que le règne du président Vladimir Poutine repose sur le maintien de cette prospérité fragile. Et parce que les gisements terrestres de pétrole et de gaz russes sont en déclin.

Le court terme passe avant tout, alors, effectuez autant de forages que vous voulez, et si des gens s’y opposent, accusez-les de hooliganisme. Et si vous pensez qu’on peut difficilement faire preuve de plus de stupidité en politique, pensez aux Maldives.

Les Maldives sont un archipel composé de centaines d’îles minuscules situées dans l’océan Indien. La majorité du territoire est environ un mètre (trois ou quatre pieds) au-dessus du niveau de la mer. La hausse du niveau de la mer entraînera tout simplement l’immersion de la majorité du pays.

On aurait tendance à croire que l’éventualité de l’extinction du pays en l’espace de deux générations occuperait tout l’esprit des gens. Et c’est ce qui est arrivé aux Maldives, pendant un certain temps. En 2008, le dictateur de longue date Maumoon Abdul Gayoom a été chassé du pouvoir lors de la première élection libre des îles par Mohamed Nasheed, un jeune politicien qui a mis au premier plan la lutte contre les changements climatiques.

Il y a eu un coup d’État au début de l’année dernière, et Nasheed a été renversé. Cependant, les pressions de la communauté internationale ont forcé de nouvelles élections au début du mois dernier. De multiples interventions des forces policières et de juges liés à l’ancien dictateur ont retardé les résultats, et il y aura une reprise du scrutin au début du mois prochain.

Nasheed finira sans doute par regagner la présidence, mais voici ce qui s’est passé. Dans toute la campagne, il n’a pas mentionné les changements climatiques une seule fois. Les autres candidats non plus. Voici un pays rempli de gens dont les petits-enfants devront vivre ailleurs parce que le territoire au grand complet est sur le point d’être englouti, et la population CONTINUE de faire la sourde oreille aux changements climatiques.

On ne peut pas juste blâmer les politiciens pour leur négligence. L’enjeu est simplement trop dérangeant pour rester bien longtemps dans l’esprit des gens. Et en passant, selon les sondages, la majorité des Russes sont d’accord avec les accusations de piraterie portées contre l’équipage de Greenpeace.