Claredon Robicheau

Claredon Robicheau est originaire de Pointe-de-l’Église, en Nouvelle-Écosse, un village qui fait partie du district municipal de Clare, que les Acadiens appellent Baie-Sainte-Marie. Même s’il est atteint d’une maladie génétique héréditaire qui affaiblit progressivement ses muscles et réduit sa mobilité, il a décidé de se mettre au service des autres. C’est ainsi qu’au milieu des années 1990, il a lancé un système de transport communautaire à but non lucratif pour les personnes handicapées, les aînés et les personnes à faible revenu: Transport de Clare. Une initiative à succès qui, depuis plus de 15 ans, attire l’attention de plusieurs communautés de par le monde, et qui a fait école.

Quel fut le tournant de votre existence?

«J’avais 19 ans et j’étais étudiant au Collège d’agriculture de la Nouvelle-Écosse, à Truro, quand le docteur a découvert que j’avais une dystrophie musculaire. C’est une maladie héréditaire. Je suis arrivé chez nous après la fin des examens de la deuxième année pour découvrir que mon jeune frère avait le même problème. Ensuite, j’ai changé de collège et suis allé à l’Université Saint Mary’s. J’ai travaillé pour la Banque TD – Canada Trust à Bathurst, à Douglastown et à Moncton, de 1979 à 1992. Je suis revenu en Nouvelle-Écosse avec une petite pension de la banque, et là j’ai commencé ma nouvelle vie.»

Comment s’est déroulée cette nouvelle vie?

«J’ai quitté Moncton pour rentrer chez nous, et j’ai fait bâtir une maison avec toutes les accessibilités. Puis je me suis lancé dans l’action sociale sur le handicap, avec comme objectif l’égalité d’accès à toutes sortes de choses, comme l’emploi et les activités récréatives. C’est alors qu’est venue l’idée de lancer un transport communautaire adapté. Beaucoup ont répondu présents. Il y avait un représentant des aînés, quelqu’un pour représenter les services ambulanciers; je suis vraiment fier de ma communauté. Dans le monde rural, des personnes sont isolées, certaines vivent en situation de pauvreté. Vivre en communauté, c’est s’entraider. Toutes ces affaires-là me font lever le matin avec une raison d’être.»

Le service a-t-il beaucoup évolué avec les années?

«Pendant huit ans, on a fonctionné avec une seule fourgonnette que conduisaient des conductrices bénévoles. Avec le temps, ça s’est développé. On a commencé à recevoir des appels des aînés qui ne voulaient pas conduire dans la neige. Nous avons quatre conducteurs bénévoles: deux à temps plein et deux à temps partiel. Notre facture d’essence a grimpé: en 1996, elle était de 3000 $ par année, et en 2012, elle s’est élevée à 51 000 $. Actuellement, notre flotte se compose d’un bus de 18 passagers qui dessert deux établissements pour séjours de longue durée, l’un à Meteghan et l’autre à Digby. Nous avons aussi deux bus de 14 passagers, deux fourgonnettes de neuf passagers et trois automobiles privées conduites par des bénévoles. En 2012-2013, le nombre de nos usagers s’élève à environ 1400, dont 60 % de handicapés et 30 % d’aînés, pour un total de 19 000 trajets.»

Il paraît que le concept a été repris dans d’autres communautés?

«Absolument. Nous avons été copiés plus de 12 fois. Il y a maintenant 14 transports communautaires dans la province: à Chéticamp, à Annapolis, à Kentville, à Amherst, etc. C’est vraiment bien pour notre communauté, on peut dire que c’était la bonne chose à faire. À Clare, notre population diminue, mais en même temps la demande grandit, surtout chez les personnes âgées. Les organismes membres de l’Association du transport rural desservent 75 % de la population rurale de la Nouvelle-Écosse. Les organismes des aînés ou des handicapés à travers la Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick regardent notre modèle comme le modèle idéal. Ce n’est pas seulement du transport médical, il a aussi une vocation sociale: amener les gens au théâtre, au bingo, faire des activités culturelles.»

Cela vous occupe-t-il à plein temps ou avez-vous d’autres passe-temps?

«Je retire beaucoup de satisfaction dans l’action sociale et le droit des handicapés. Je commence à ralentir un peu. Je vais partir trois semaines en novembre pour écrire, je l’ai déjà fait l’an dernier. L’été, je me relaxe beaucoup. Mon plaisir c’est d’aller au bord de la mer, de voir les plages. Le son des vagues me fait du bien.»