Les petits contrats d’un gros congrès

Gros scandale en Acadie: le Congrès mondial acadien signe des contrats!

Oh my God! J’en shéke!

Tiens, prenons, par exemple, le petit contrat alloué par le Congrès mondial, il y a deux ans déjà, à l’ancienne présidente de la Société nationale de l’Acadie, Françoise Reux-Enguehard.

Françoise est une amie, je ne participerai donc pas à quelque lapidation que ce soit à son égard. D’autant plus que c’est une femme intègre, dévouée, généreuse de son énergie créatrice et de sa foi dans le développement de l’Acadie atlantique, et ce n’est pas un petit contrat de 5000 piasses qui va entacher la crédibilité d’une femme aussi impressionnante que courageuse.

Je pourrais dire la même chose, et je le fais, au masculin cette fois, au sujet de Cyrille Simard, maire d’Edmundston. Une entreprise appartenant à son épouse a obtenu un contrat en sous-traitance, et une autre, dont il est actionnaire, a obtenu un petit contrat. Pas de quoi fouetter un chat.

Françoise et Cyrille: voilà deux personnes qui ont une vision holistique, si j’ose dire, du développement de leur communauté. C’est rare en politique. On est tellement habitué à entendre des politiciens ânonner des clichés creux qu’on finit par croire qu’ils sont tous pareils. Eh! bien, non. Il y a des personnes qui ont à cœur le service public et qui, de surcroît, sont capables de nous stimuler par leur créativité professionnelle. Et de faire tourner la planète.

Oui, ce sont des oiseaux rares, et ce n’est pas une raison suffisante pour les pleumer sur la place publique.

•••

Je me sens libre de dire cela publiquement, parce que je n’ai pas ménagé mes critiques envers l’organisation du CMA 2014. On ne pourra certes pas m’accuser de copinage avec le CMA.

Cela dit, le CMA a un budget qui tournerait, selon ce que j’ai compris, autour de 15 millions de dollars. La vraie question à se poser, c’est plutôt de savoir où vont ces millions! Comme on dit en Corée du Nord, reconnue pour sa transparence: quissé qui fait une piasse avec le Congrès mondial acadien?

•••

Bon, il y a les salaires du personnel permanent qui trime pour faire du CMA 2014 un grand événement. Ces gens-là ne doivent pas travailler pour des pinottes. À moins que ce soit du bénévolat?

Il y a aussi les Grands Spectacles d’Envergure Internationale, avec des majuscules. On présume que ça doit coûter ben des bidous de monter des spectacles avec des majuscules.

Et il faut penser aux droits qui découleront de ces spectacles pour les chanteurs, musiciens, pour la mise en scène, la régie, l’éclairage, la scénographie, etc. Est-ce que certains feront alors du double dipping comme disent les anglais? Du triple dipping?

Ensuite, les droits relatifs à la diffusion sur les grands réseaux. Chaque fois que ta toune passe en ondes, t’es payé tant. Etc. Et tout cela s’accumule. Par ici, les cachets!

Il serait aussi intéressant de se demander si les gens qui travaillent à l’organisation de ces spectacles devraient faire partie de ces spectacles. Et si oui, il serait pertinent de savoir si leur salaire couvre aussi leur participation aux spectacles? Sont-ils payés pour monter des shows dans lesquels ils participeront et pour lesquels ils seront également payés? Et ont-ils des intérêts dans les compagnies que le CMA embauchera pour assurer le bon déroulement des spectacles?

Et tout ça, ça coûte combien? C’est ça qu’il serait intéressant de savoir.

•••

Comme vous le voyez, ce sont de petites questions candides pour satisfaire une envie légitime de savoir comment ça se passe à l’intérieur du CMA.

Et aussi une envie légitime de comprendre pourquoi soudainement on met sur la sellette des personnes engagées dans leur communauté bien avant que le CMA 2014 devienne un projet.

J’allais écrire: devienne un projet collectif. Mais j’ai biffé le mot collectif, parce qu’à l’heure actuelle, les échos que j’ai glanés sur l’organisation du CMA me font conclure qu’il n’y a de collectif que les mots «congrès mondial» dans ce projet. Oui, la programmation préliminaire met en scène les trois régions. Mais travaillent-elles de concert?

J’ai l’ouïe fine. Et j’ai entendu entre les branches qu’il y a des tiraillements à l’interne entre les trois régions engagées dans ce projet, en particulier de la part du Nouveau-Brunswick qui aimerait jouer un rôle dominant dans cette aventure.

Ce qu’on sait déjà et qu’on tait encore, c’est que certaines personnes ont été tassées lorsque le projet du CMA 2014 a été enclenché. Tassées pour cause de personnalités abruptes et pour cause d’attitudes sectaires, paraît-il.

Et que les «révélations» au sujet des petits contrats, qu’on aimerait faire passer pour la révélation du troisième secret de Fatima, ne sont en fait qu’une tentative de brasser du compost intestinal, pour parler poliment, afin de nuire à la crédibilité de certains dirigeants du CMA. Genre, petite vengeance personnelle.

Pas beau, ça.

•••

Pas plus beau que le mépris souverain avec lequel le CMA traite les Brayons dans ce qui devrait être un rassemblement «inclusif», comme j’ai pu le constater, atterré, en visionnant le spectacle du 15 août, présenté à Saint-Quentin, au cours duquel on a célébré cette prétendue «inclusivité», en se félicitant à outrance de l’accueil spectaculaire qu’on se promet au CMA pour célébrer les Autochtones, les Québécois, les Américains, les Français – bref les mozusses de «six peuples fondateurs» que certains ont en horreur! – tout en omettant sciemment de nommer ne serait-ce qu’une seule fois les Brayons.

Aller jusqu’à renoncer perfidement à reconnaître l’identité de son voisin par besoin pathologique de gagner sur lui, et de lui montrer que «mon identité est meilleure que la tienne», relève du mépris le plus hideux qui soit. J’ai honte.

En lisant le programme préliminaire du Congrès mondial de 2014, j’ai été impressionné par la qualité et l’ampleur des activités qu’on y propose. Je l’ai dit, et j’étais sincère.

Je suis encore sincère quand je dénonce aujourd’hui cette forme d’impérialisme qui même s’il se prétend acadien n’est pas plus intelligent que tous les autres impérialismes du monde.

•••

Où en étais-je? Ah! oui: les petits contrats d’un gros congrès mondial.

Mais c’est tellement insignifiant qu’on n’est quand même pas pour écrire une chronique sur ce sujet-là, han, Madame?