Le journalisme, métier risible?

N’importe quoi. Vraiment n’importe quoi. Déjà que deux des trois sénateurs qui ont tant fait couler d’encre depuis un an étaient des journalistes, le troisième, lui, veut ni plus ni moins se venger en devenant journaliste à son tour.

Je suis en effet interpellée par le rôle du journalisme dans la saga sénatoriale de la dernière année. Récapitulons. Trois sénateurs font la manchette, accusés d’avoir largement outrepassé les dépenses qui leur sont permises en tant que membres de la Chambre haute. Deux d’entre eux, Mike Duffy et Pamela Wallin, sont d’anciens journalistes. Ils se défendent d’avoir mal agi.

Pendant que le scandale se déroule, beaucoup de questions sont soulevées, allant de l’intégrité de ces personnes… jusqu’à l’utilité du Sénat. Se peut-il que toute cette histoire ait été expressément montée en neige pour discréditer à la fois les journalistes et le Sénat? Il est difficile de n’y voir que l’effet du hasard vu la non-affection dans laquelle le gouvernement de Stephen Harper, ou le premier ministre Harper lui-même, tient les journalistes et le Sénat.

Il est difficile de comprendre que des journalistes, qui font carrière à passer des documents au peigne fin et à lire entre les lignes, aient simplement pu mal interpréter des directives ou carrément commettre des abus. Si c’est bien le cas, leur comportement porte un dur coup à l’ensemble de la profession journalistique, entièrement basée sur l’intégrité personnelle, de fortes capacités d’analyse et un bon jugement. Et si on a pu avoir ces qualités un jour, comment arrive-t-il qu’on ne les ait pas toujours?

D’autre part, le troisième sénateur, dont la réputation a aussi fait couler beaucoup d’encre, Patrick Brazeau, à la fois pour se défendre et pour exposer les machinations du gouvernement Harper, dit-il, veut se faire journaliste. Quoi, pense-t-il que devient journaliste qui veut quand veut? Est-ce ainsi que cela fonctionne?

Sa demande d’accréditation par la Tribune de la presse (à Ottawa) fut rejetée, mais pour des raisons presque… techniques. Concrètement, si un organe de presse accepte de publier ses articles, il pourra bien se dire journaliste!

Quoi comprendre? Que le journalisme est un métier risible?