Gaétan Germain, l’homme-orchestre de Nez rouge dans la Péninsule acadienne

Gaétan Germain prépare sa présentation à un nouveau groupe de bénévoles à Opération Nez rouge, au centre communautaire d’Inkerman, dans la Péninsule acadienne. - Jean Saint-Cyr
Gaétan Germain prépare sa présentation à un nouveau groupe de bénévoles à Opération Nez rouge, au centre communautaire d’Inkerman, dans la Péninsule acadienne. – Jean Saint-Cyr

Après avoir été de service sur la Colline parlementaire à Ottawa à sa sortie de l’école de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Gaétan Germain arrive au Nouveau-Brunswick en 1974, à l’âge de vingt-et-un ans. Les copains de son village natal, Saint-Casimir au Québec, qui avaient joint les rangs de la GRC en même temps que lui ont opté pour faire carrière au Québec. «Moi, je voulais faire de la patrouille, être sur le terrain. C’est pour ça que j’ai choisi le Nouveau-Brunswick. Je voulais travailler avec le monde.»

À Saint-Casimir, le père de Gaétan a d’abord été chef des pompiers avant d’être nommé chef de police de cette municipalité rurale, à 80 kilomètres à l’ouest de Québec. Le sens du service à la communauté de son père a inspiré Gaétan. Le maintien de la paix, de l’ordre et de la loi fascinait Gaétan. «Chez nous, on a toujours été élevés dans le respect. Mon père a toujours fait beaucoup de bénévolat; c’était toujours pour aider le monde, aider les gens, mon père et ma mère étaient impliqués dans toutes sortes d’activités chez nous.» Comme on le verra, c’est une caractéristique familiale qui l’animera toute sa vie.

Gaétan Germain a d’abord contemplé la profession d’avocat, mais après son secondaire, il décide que les études universitaires ne lui conviennent pas. Il soumet sa candidature à des postes à la police de Sainte-Foy et à la GRC. Après avoir été accepté aux deux endroits, il opte pour l’école de la GRC à Régina. Son cours terminé, Gaétan Germain est recruté pour faire partie de la troupe du Centenaire de la GRC en 1973. «On est allés faire notre démonstration de marche militaire d’abord au Stampede de Calgary; on s’est promenés partout au pays pour présenter nos spectacles de marche militaire, pendant l’été. Après, j’ai fait un an et demi de service sur la Colline parlementaire et à la division A à Ottawa.»

Après trois ans à Shippagan, le temps de rencontrer son épouse et de la marier, le couple déménage à Saint-Léonard, dans le Nord-Ouest. C’est là, en 1978, que commence le parcours de bénévole de Gaétan Germain. Il entre dans le club Richelieu, qu’il présidera deux ans plus tard, et il donne aussi un coup de main à un organisme qui organise le ski de fond. Lors de son passage à Néguac et à Caraquet, de 1986 à 1994, il poursuit son implication, aux Richelieu, avec les clubs de Néguac, d’abord, et celui de Paquetville quand il a été assigné au détachement de Caraquet. Il sera nommé Richelieu de l’année aux deux clubs, en 1988 à Néguac et en 1994 à Paquetville. Plus tard, en 1994, il est muté à Edmundston et il s’installe à Saint-Jacques, où il joint les Richelieu. Et, là aussi, il deviendra président du club. Tout en étant Richelieu, il participe à la mise en place et à la gestion d’une école maternelle.

«Si j’avais pu, mais je ne pouvais pas les obliger, j’aurais voulu que tous les hommes, les policiers qui ont été sous mes ordres s’impliquent dans la communauté où ils travaillaient. Je me disais qu’on arrive dans une communauté, c’est la communauté qui paye pour nos services, il faut s’impliquer dans la communauté. Et aussi, mieux on connaît une communauté, plus c’est facile de résoudre les crimes qui y sont commis.»

Gaétan Germain aboutit finalement à Bathurst comme enquêteur à l’unité des crimes majeurs de la GRC. Il y prend de l’expérience comme enquêteur, y compris sur des meurtres, mais il ne s’implique pas, notamment à cause de la nature de son travail d’enquêteur. Après trois ans, il devient caporal au détachement de Néguac où il mène les dossiers d’enquête. Et il recommence son implication dans les Richelieu, pendant trois ans encore.

De patrouilleur à enquêteur aux trousses d’Allan Legere

Après Néguac, il se retrouve enquêteur au détachement de Moncton. Peu de temps après son arrivée au détachement de Moncton, le meurtrier Allan Legere s’échappe de l’hôpital Georges-L.-Dumont, où on l’avait amené pour faire soigner des blessures qu’il s’était infligées. Legere purgeait depuis trois ans au pénitencier fédéral de Renous une peine à perpétuité pour le meurtre de l’épicier John Glendenning.

«Comme Legere s’était enfui de Moncton, c’est à notre détachement que ses gardiens ont appel pour signaler sa disparition. Ça, ç’a été un cas difficile. Difficile sur le plan professionnel, mais aussi sur le plan personnel, parce que pendant les six mois qu’on a pourchassé Legere, je n’ai pas eu de vie de famille.»

L’équipe d’enquêteurs avait dû s’installer dans la Miramichi, où Legere, durant son escapade, a commis quatre autres meurtres. Toute la région était sur le qui-vive. Il n’était pas rare durant les six mois d’enquête, se rappelle Gaétan, qu’on cogne à une porte, seulement pour demander des informations, et d’être accueillis à la pointe d’un fusil. Les gens étaient nerveux en cet été de 1989. «C’était très très stressant», se rappelle Gaétan Germain, songeur.

C’était une chose de soupçonner Allan Legere des meurtres de la Miramichi, encore fallait-il le prouver. Le nerf de l’enquête, à cette époque, a été de recueillir l’ADN d’Allan Legere sur les lieux des crimes. Legere était déjà reconnu pour utiliser tous les outils judiciaires à sa portée, il fallait bâtir une preuve béton pour le coincer en cour, une fois qu’il serait capturé. Ce ne fut pas facile. Le jour, le meurtrier, bien versé dans l’art de survivre dans le bois, se cachait en forêt. Il sortait le soir, parfois pénétrant dans des maisons pour se nourrir, sans que les gens s’en rendent compte. Malgré l’apport d’une surveillance aérienne avec l’hélicoptère de la GRC, Legere a échappé à la surveillance de l’important contingent policier qui avait été dépêché dans la région de Miramichi. Allan Legere fut finalement arrêté et condamné pour les meurtres de Annie Flam, des sœurs Linda et Donna Daughney et du père James Smith.

L’ironie du sort

Deux évènements convaincront Gaétan Germain d’endosser des causes et de tout faire en son possible pour combattre l’ivresse au volant et le suicide.

En 2005, alors qu’il organise la première année de service de l’Opération Nez rouge dans la Péninsule acadienne, sa fille est impliquée dans un accident mortel à proximité de Tracadie: un véhicule, conduit par une femme ivre au volant, percute la voiture de sa fille de plein fouet. Un passager de l’autre véhicule décède sur les lieux de l’accident. Sa fille est gravement blessée. Cet accident le persuadera de la nécessité d’offrir le service; ce n’était plus seulement une bonne idée, c’était devenu une priorité.

Depuis les débuts de l’Opération Nez rouge de la Péninsule acadienne, Gaétan Germain tient l’organisation à bout de bras. Il est resté pendant longtemps à la fois président du comité organisateur et coordonnateur du centre d’activités. Il en est à sa neuvième campagne à la barre de l’Opération Nez rouge dans la Péninsule acadienne. «J’ai déjà avisé les gens que l’an prochain, ma dixième campagne serait la dernière.» Il faut trouver de la relève qu’il est prêt à former.

L’autre cause qui tient à cœur Gaétan Germain est le programme «Le maillon», un comité de prévention du suicide. Lorsqu’il était à Grand-Sault, non seulement trois adolescents s’étaient suicidés dans un cours laps de temps, peu avant son arrivée, mais un policier de son équipe s’était enlevé la vie. C’est à travers les Richelieu de Grand-Sault que se met sur pied en 1999 le programme Le maillon. En 2004, le programme démarre dans la Péninsule acadienne, avec le concours des écoles du District scolaire 9.

Pour la première fois depuis l’existence de l’Opération Nez rouge dans la Péninsule acadienne, Gaétan Germain passera les Fêtes avec sa famille au Québec.

Vendredi soir, une vingtaine de bénévoles ont assisté à une séance d’orientation et de formation offerte par Gaétan Germain sur Opération Nez rouge. - Jean Saint-Cyr
Vendredi soir, une vingtaine de bénévoles ont assisté à une séance d’orientation et de formation offerte par Gaétan Germain sur Opération Nez rouge. – Jean Saint-Cyr