Prends-moi pas pour une valise

Voyager avec un instrument est une aventure en soi. Pour un musicien, un instrument est plus qu’un outil de travail. C’est un objet fragile, qu’on manipule avec délicatesse, qui revêt une grande valeur sentimentale… et une grande valeur, tout court! Les musiciens professionnels jouent sur des instruments qui valent plusieurs milliers de dollars; on y tient donc comme à la prunelle de nos yeux!

Quand vient le temps de se rendre à un spectacle par voie aérienne, le fun commence. Comme n’importe quel passager, nous avons deux options pour nos bagages (nos instruments): les apporter avec nous à bord de la cabine ou les enregistrer et ils seront alors transportés dans la soute de l’avion (cela prend un étui rigide et très résistant, conçu pour les vols).

Moi, je voyage avec mon accordéon. Un accordéon qui m’a coûté les yeux de la tête et qui peut s’abîmer s’il reçoit le moindre coup. Un accordéon qui n’excède ni le poids ni la dimension permise par la compagnie aérienne. Et pourtant, quand j’arrive au comptoir de l’aéroport et que la madame me voit avec un instrument sur le dos, voici ce à quoi ressemble (souvent) notre conversation:

«Bonjour madame, je…»

«Votre instrument n’est pas accepté en cabine!»

«Oui madame, j’ai vérifié, en voici la preuve», et je sors poliment des documents imprimés à partir de leur site web.

«Écoutez, je connais mon job, et cela ne pourra pas entrer dans le compartiment à bagages au-dessus des sièges.»

«Peut-être, mais il entre parfaitement sous le siège. C’est ce que je fais depuis de nombreuses années.»

«Hors de question. Allez vous enregistrer aux articles spéciaux!»

Dans ces moments-là, il est inutile d’argumenter. Je me contente de sourire, de prendre ma carte d’accès à bord, puis au lieu de me rendre aux articles spéciaux, je me rends directement à la porte d’embarquement. Quand l’embarquement débute, je donne mon billet à une employée qui me dit: «Ceci ne pourra pas entrer dans le compartiment à bagages.»Et le tralala recommence, mais je m’en sors tant bien que mal. Quand je mets les pieds dans l’avion, devinez ce que l’agent de bord me dit? Cependant, là, je peux lui démontrer que mon instrument se range effectivement sous le siège.

Je m’assois finalement à ma place et en regardant par le hublot, je vois les transporteurs de bagages prendre la guitare que mon copain n’a pas eu le choix d’enregistrer (pour un surplus de 60 $), la lancer à tour de bras vers la soute à bagages, manquer leur coup, et la voir tomber tête première sur le pavé… Aouch!