L’Ukraine, 10 ans plus tard

«Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.» – Albert Einstein

Les événements des derniers jours en Ukraine ont évoqué en moi de vifs souvenirs. Le 26 décembre 2004, avec plus de 400 autres Canadiens et Canadiennes et des milliers d’autres personnes venues des quatre coins du monde, j’ai été témoin de l’élection de Viktor Iouchenko au poste de président de cette vaste ancienne république soviétique.

Son élection marquait la victoire de la «révolution orange» sur la répression et son porte-parole, Viktor Ianoukovitch. Le surlendemain, sur la place de l’Indépendance à Kiev, l’euphorie était visible sur tous les visages et s’entremêlaient des ondes de musique forte et de discours patriotiques. Je ne comprenais rien de ce qui était dit sauf la résonance d’un soupir de soulagement collectif.

Plus d’un million de personnes étaient réunies au centre de Kiev et au cœur de la révolution. Ce jour d’élection avait aussi vu surgir, dans l’océan Indien, l’un des plus grands tsunamis dans l’histoire de l’humanité. La révolution s’est estompée après quelques années, Ianoukovitch ayant pris le pouvoir en 2010. La dernière semaine marque sa renaissance.

Juste avant mon départ pour Kiev, j’étais passé voir Louis Robichaud chez lui à Bouctouche et nous avions discuté des événements en Ukraine et de l’impact possible pour tout un continent. Le P’tit Louis est décédé trois semaines plus tard, mais il n’avait pas manqué de m’éduquer sur les grands enjeux de cette révolution.

Cette visite m’est venue souvent à l’esprit lors du vol de 11 heures entre Ottawa et Kiev et lors des deux voyages de nuit en train entre Kiev et Chernivtsi, dont l’un la nuit de Noël. Il avait lui aussi orchestré une sorte de révolution, la transformation spectaculaire du Nouveau-Brunswick. Accusé de «voler Peter pour payer Pierre», il avait refusé de reculer. Après tout, ses réformes dépassaient largement un cadre purement linguistique et créaient un régime de chances égales qui marque encore notre province.

Les images violentes des derniers jours, provenant de cette même place de l’Indépendance, m’ont rappelé que les révolutions sont parfois nécessaires, mais que les plus durables ne sont pas forcément violentes. L’important, c’est d’agir.