Le souvenir

Les cérémonies du 11 novembre ont été poignantes cette année, sans doute parce qu’il s’agit du centième anniversaire de la Première Guerre mondiale, certainement aussi parce qu’il y a à peine trois semaines deux soldats dans la force de l’âge se faisaient tuer, ici même au Canada, pour cause de port d’uniforme.

Ce centième anniversaire de la Grande Guerre a permis d’en apprendre davantage sur le rôle que nos communautés y ont joué et c’est ce que le journal francophone de Terre-Neuve-et-Labrador, Le Gaboteur, a choisi de faire dans sa toute dernière édition en évoquant les Franco-Terre-Neuviens qui ont servi sous les drapeaux.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclata le 4 août 1914, la colonie britannique de Terre-Neuve ne disposait d’aucune armée, pourtant des milliers d’hommes s’engagèrent et prirent la mer pour rallier l’Europe. Parmi eux se trouvaient des Franco-Terre-Neuviens de la péninsule de Port-au-Port: ils se nommaient Cormier, Benoît, Bourgeois, Cornect ou encore Bozec; en tout, 122 francophones, descendants d’Acadiens et de pêcheurs français, quittèrent ainsi leur famille et les villages de La Grand’Terre, l’Anse-à-Canards, Cap St-Georges, Maison d’Hiver ou Trois-Cailloux pour lutter dans des régiments anglophones (ce qui créa parfois bien des difficultés).

Le Gaboteur souligne avec justesse que la communauté acadienne et française de la province faisait ainsi un grand effort de guerre puisqu’elle ne comptait alors que 1600 âmes et que 17 de ces hommes périrent au champ de bataille. Ce qu’il faut ajouter est que par une certaine ironie de l’histoire, ces hommes qui portaient les noms bretons de Bozec ou Cornect, par exemple, retournaient ainsi, sous pavillon britannique, défendre leur terre ou, à tout le moins, celle de leur père.

En tout, Terre-Neuve contribua 12 000 hommes à l’effort de guerre et les pertes furent telles que la province y perdit pratiquement toute une génération. Songez, par exemple, que le moment le plus meurtrier de la guerre, et celui qui marqua à jamais la province, fut la bataille de Beaumont-Hamel le 1er juillet 1916. En quelques heures seulement, le Royal Newfoundland Regiment y perdit 85 % de ses hommes, soit 233 morts, 386 blessés et 91 disparus.  

De quoi donner froid dans le dos, même cent ans après.