Un état de droit

«De même que je ne voudrais pas être un esclave, je ne voudrais pas être un maître. Voilà ma conception de la démocratie.» – Abraham Lincoln

Une association canadienne de la magistrature nous dit que «nous sommes dirigés avant tout par la loi et non par ceux qui l’appliquent ou qui exercent avec autorité un pouvoir gouvernemental». Ce qui m’amène à poser la question suivante: lorsqu’on remplace le parti au pouvoir, est-ce qu’on change réellement de gouvernement? C’est une question banale, mais qui peut avoir son importance. Est-ce que le fait de remplacer le parti au pouvoir nous épargne de respecter les contrats signés par les anciens tenants du pouvoir? L’attente pourrait être longue et le coût énorme avant d’obtenir la réponse à cette deuxième question.

Les propriétaires de SWN Resources, Corridor Resources, J.D. Irving et Oxford Frozen Foods, entre autres, s’y intéressent aussi. Ils ont investi beaucoup d’énergie afin de mettre les pattes sur les ressources naturelles (gaz, fibre de bois, terres de la Couronne) de la province et afin de protéger cet accès pour très longtemps. Tour de force réussi, des contrats ont été signés, de l’argent dépensé, des promesses d’investissement annoncées, des actionnaires contentés, des courbettes échangées, des photos de poignées de mains publiées et des élections perdues.

Mais le lendemain arrivé, est-il juridiquement possible et conforme à la règle de droit qui est le fondement de notre société d’ignorer ce qui a été fait et de tenter de faire reculer les aiguilles de l’horloge? Et si un nouveau gouvernement assume nécessairement les engagements légaux du précédent, comment réconcilier alors promesses électorales et les pactes existants? C’est le défi considérable dont font face les dirigeants actuels du Nouveau-Brunswick. Il leur faudra trouver une approche juste pour toutes les personnes concernées. Des solutions qui respectent la règle de droit, mais qui établissent en même temps que l’âne a changé d’ânier.

Cela exigera des qualités de diplomate bien plus qu’une poigne de fer. Le passé nous a parfois donné des dirigeants qui ne se gênent pas pour dépenser l’argent des contribuables afin de tenter d’établir qu’ils ont le pouvoir, finissant trop souvent par confirmer leur propre faiblesse. Il est à se demander dans quel rôle nos gouvernements paraissent plus bêtes, celui d’esclaves ou celui de maîtres.