L’affaire Rino Volpé

Bernard Thériault

Ceux qui veulent faire de Rino Volpé un martyr acadien commettent une grave erreur. Le dossier Volpé est un dossier politique qui n’a rien à voir avec la cause nationale.

D’abord, regardons pourquoi Rino Volpé est loin d’être un héros acadien. Si l’emploi de Rino Volpé s’est abruptement terminé par une décision politique, c’est tout simplement parce qu’elle avait commencé par une décision politique. Rino Volpé, c’est le gars que l’on prend pour faire des «jobs de bras». C’est ce qu’il a fait avec le groupe Irving quand on lui a demandé de prendre le contrôle des médias francophones, seul secteur que le groupe ne contrôlait pas. Mission accomplie, alors que les Irving possèdent maintenant tous les journaux acadiens sauf le Moniteur et l’Acadie Nouvelle. De son propre aveu, M. Volpé reconnaît lui-même ne jamais avoir été un grand défenseur de la langue. Pourquoi alors toute cette polémique? Tout simplement parce que contrairement à ce qui a été dit cette semaine, la petite politique dans ce dossier a été l’affaire des conservateurs.

Examinons les faits: c’est aux administrations précédentes que revient le crédit des surplus budgétaires à la régie. Un an et demi après sa création en 2010, elle affichait déjà un surplus de 4,9 millions $. Après avoir forcé la démission de la première présidente du conseil, la ministre de l’époque, Madeleine Dubé, la remplace par Rino Volpé. Rappelons que le gouvernement libéral de Shawn Graham avait légiféré pour que le directeur général soit imputable au conseil d’administration plutôt qu’au ministre, mais Madeleine Dubé change la loi et s’arroge ce privilège. Curieux que le Dr Dupuis n’ait pas crié à l’ingérence politique à ce moment, on ne peut tout de même pas blâmer les libéraux pour tout! Le ministre Flemming met de côté le PDG Joey Caissie (avec plein salaire), celui-là recommandé par une firme nationale et approuvé démocratiquement par le conseil, pour laisser place à M. Volpé. Celui-ci se négocie un salaire de 350 000 $ par année, alors qu’à sa fondation quelques années plutôt, la directrice ne touche que 210 000 $. Tout cela pendant que l’on réduit le personnel soignant. Comble de partisanerie, l’an passé, le ministre nomme le secrétaire provincial du Parti conservateur au conseil pour représenter les religieuses!

Enfin, si Volpé veut poursuivre le gouvernement sur des questions linguistiques, c’est qu’il pourra aller voir Égalité santé en français pour financer la cause. Généralement après négociation, ils passeront la facture aux contribuables. Car ces avocats qui défendent haut et fort la cause linguistique ne travaillent pas pour rien: les poursuites judiciaires à caractère linguistique, c’est une industrie très payante!

Faire de ce dossier une cause nationale est une honte pour la communauté acadienne. Arrêtons ce cirque immédiatement!

Rino Volpé a récemment été démis de ses fonctions de président du Réseau de santé Vitalité par le gouverment Gallant. - Archives
Rino Volpé a récemment été démis de ses fonctions de président du Réseau de santé Vitalité par le gouverment Gallant. – Archives

Hermel Vienneau

Le renvoi du PDG de la Régie de santé Vitalité, Rino Volpé, a continué de défrayer les manchettes cette semaine.

Je pensais en avoir dit suffisamment sur son renvoi dans une chronique précédente, mais voilà que le principal intéressé affirme avoir été renvoyé parce qu’il exigeait d’être servi en français par les fonctionnaires de Fredericton et ceux de FacilicorpNB, et parce qu’il demandait plus d’argent de Fredericton pour améliorer les infrastructures de santé de sa régie.

Nous ne connaissons pas les vraies raisons de son renvoi puisque le ministre de la Santé refuse de les révéler. Toutefois, les motifs mentionnés par le ministre Victor Boudreau dans sa lettre de renvoi ne tiennent pas la route si on se fie aux propos du président du conseil d’administration de Vitalité et à ceux des médecins du CHU Dr-Georges-L.-Dumont. Selon eux, contrairement à ce qu’a écrit le ministre, le Réseau de santé Vitalité collabore bien avec les instances gouvernementales et a établi un plan d’action pour traiter toute victime du virus Ebola, si jamais cela s’avérait nécessaire.

Plusieurs d’entre nous sont venus à la conclusion que M. Volpé a été mis à la porte par vengeance politique, son frère Jeannot ayant été ministre progressiste-conservateur. Si tel est effectivement le cas, ce renvoi est inacceptable même si la loi permet au ministre de le faire. Le renvoi d’un PDG compétent pour des raisons politiques n’a pas sa raison d’être aujourd’hui. Surtout que les libéraux se sont engagés en 2012-13 à mettre fin à l’ingérence politique dans l’embauche des cadres supérieurs de la province.

M. Volpé est donc revenu à la charge cette semaine en affirmant avoir été renvoyé parce qu’il marchait un peu trop sur de gros orteils de Fredericton en exigeant le respect de nos droits pour des soins de santé en français. Si tel est le cas, nous nous dirigeons tout droit vers une deuxième confrontation linguistique entre un gouvernement libéral et la communauté acadienne de cette province afin de défendre nos droits de santé en français.

On se souviendra que l’ex-gouvernement Graham a eu maille à partir avec Égalité santé en français, qui revendiquait que la Régie de santé Vitalité soit considérée comme une régie opérant en français et desservant principalement la communauté francophone. La poursuite d’Égalité santé en français a coûté cher à la province, et le gouvernement Graham a dû faire volte-face et accepter la désignation d’une régie de santé francophone et d’une autre anglophone.

Étant donné que le ministre de la Santé et cinq de ses collègues ministres faisaient aussi partie du Cabinet Graham en 2010, est-ce possible que ces derniers n’aient rien appris de leurs erreurs passées?

L’avenir nous le dira.

Bonne semaine à tous.