Les recenseux

S’il y a bien une chose que je croyais morte et enterrée, c’est tout le débat entourant le recensement au Canada et tout particulièrement son questionnaire long aboli, vous vous en souviendrez peut-être, en 2010, au grand dam de la communauté francophone du pays.

Mais voici que ce sujet qui a secoué le pays, il y a cinq ans, refait surface grâce à deux députés d’arrière-ban à Ottawa, l’un conservateur, l’autre libéral.

Rendu en deuxième lecture à la Chambre des communes, le projet de loi du libéral Ted Hshu demande le retour du questionnaire long; l’autre, le projet de loi du conservateur Joe Preston veut abolir toute menace de peine de prison pour quiconque refuse de répondre au recensement (même court).

Le projet libéral sera sans doute défait par les députés conservateurs qui ont la majorité à la Chambre et il est probable que le projet conservateur sera accepté; la nécessité de répondre au recensement de base deviendra alors une simple question de bonne volonté et de sens civique de la part des Canadiens et Canadiennes. Ce n’est pas encourageant: en 2006, le taux de réponses au questionnaire long était de 93,5 %, en 2011, le taux de réponse au questionnaire court n’était plus que de 68,8 %. ce qui signifie donc moins de données collectées.

Cinq ans après avoir abandonné le questionnaire long, l’impact de cette décision commence à se faire sentir, comme prévu, au niveau municipal. Nos villes ont besoin de statistiques fiables pour évaluer leurs besoins d’infrastructure, prévoir leurs revenus de taxes et évaluer leurs besoins en terme de transports en commun. Les données manquent ou ne sont plus fiables.

Dans certaines communautés de taille modeste, par exemple, Statistiques Canada ne peut même pas offrir de données, car l’échantillonnage récolté est insuffisant, tandis que dans les grandes métropoles la situation est si grave que le maire de Toronto s’apprête à soulever la question avec ses homologues dont certains réclament le retour du questionnaire long, jugé indispensable pour une saine planification de leurs opérations.

La Fédération canadienne des municipalités affiche son inquiétude devant cette situation. À moins d’un an de la prochaine élection, les recenseux de la Sagouine risquent de se retrouver une fois de plus sur la place publique.