C’est une langue belle

La semaine de la francophonie prend fin, il est temps que je plaide encore une fois pour notre langue. Il y a de l’espoir, de ce côté-ci de l’Atlantique, me semble-t-il, puisqu’il a suffi cette semaine qu’une personne évoque nos anciennes batailles linguistiques pour que les médias sociaux se mettent à résonner des commentaires, cris et argumentaires enflammés d’internautes ardemment engagés, affirment-ils, dans le maintien du français.

De l’autre côté de l’Atlantique, ma compatriote saint-pierraise, Secrétaire d’État en charge de la Francophonie dans le gouvernement Hollande, a profité de l’évènement pour publier une lettre ouverte au monde des affaires français, critiquant vertement ses dérives «anglophones» et mettant en évidence ce qui saute aux yeux quand on arrive en France: un engouement tel pour l’anglais que le français finit par s’y trouver marginalisé… Morceaux choisis: «trendy» au lieu de «en vogue», «to-do-list» au lieu de «liste de tâches», «annual review» pour «rapport annuel» et «drafter» pour «rédiger».

La secrétaire d’État souligne aussi, et à juste titre, que la langue anglaise elle-même sort «mutilée» de cette gymnastique d’un bilinguisme douteux. Comme nos amis français ne sont pas tous très forts dans la langue de Shakespeare, ce besoin constant d’angliciser discours et image mène, parfois, à des situations amusantes: ainsi un blanchisseur nommé «Urgent pressing», sans doute un service de niche pour des clients en besoins très très urgents de chemises propres ou encore ces nouvelles occupations de «fancoaching» ou de «relooking» qui n’ont rien à voir avec vire-vent ou chirurgie esthétique, mais qui visent plutôt l’entraînement aux mouvements de foule synchronisés des partisans d’équipes sportives et au changement d’image des entreprises.

Comme disait l’Abbé Pierre en dénonçant ceux et celles qui s’apitoyaient sur les pauvres sans leur donner de l’aide, «On n’a pas agi parce qu’on a pleuré»; je reprends à mon compte sa citation: «On n’a pas défendu sa langue parce qu’on a gueulé un coup.» Une langue, excusez-moi de le répéter, ça se fête toute l’année, ça se polit, ça s’apprend et s’approfondit, ça se défend quant il faut, ça se fête quand on peut et ça s’utilise en priorité. Il nous reste encore bien du travail à faire.