L’esprit d’équipe

Une des plus belles valeurs que le sport peut inculquer dans une société est l’esprit d’équipe. Quand le «nous» est plus important, plus puissant que le «je». Quand le travail collectif assure un résultat qui dépasse largement la contribution, aussi exceptionnelle soit-elle, d’un seul individu. Et ce qui est encore plus merveilleux, c’est quand on voit des jeunes – qui vivent pourtant dans un monde de plus en plus individualiste – adhérer à cette philosophie.

Avec tout le respect que j’ai pour les autres sports, le football est probablement le sport collectif par excellence. Il faut l’engagement de chacun des joueurs pour réussir un jeu, pour faire progresser le ballon ou l’empêcher d’atteindre la zone des buts.

Un quart peut avoir le meilleur bras de la terre, mais il ne vaut rien si ses receveurs ont des mains de guenilles ou sont incapables de suivre un tracé prédéterminé. Un demi peut courir aussi vite que l’éclair et amasser dix verges à chaque portée, mais à la seule condition que la ligne offensive fasse les blocs nécessaires devant lui, sinon il n’ira pas loin. Les plaqueurs peuvent faire autant de pression qu’ils veulent sur le quart adverse, mais si les demi défensifs ne couvrent pas bien les receveurs, il trouvera toujours le moyen de faire avancer le ballon.

Ça prend la collaboration de tous les joueurs pour faire progresser le ballon au football. Un seul individu ne peut tout faire sur le terrain. - Archives
Ça prend la collaboration de tous les joueurs pour faire progresser le ballon au football. Un seul individu ne peut tout faire sur le terrain. – Archives

Mais ce qui est encore plus frappant, c’est comment le football forme des caractères. J’en ai eu une très belle preuve la semaine passée quand j’ai parlé à quelques-uns des joueurs des Olympiens de l’école L’Odyssée de Moncton qui ont été sélectionnés pour faire partie de l’Équipe N.-B. U-18 qui jouera à la Coupe Canada, à la fin de juillet, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Des joueurs aux propos clairs et intelligents. Des joueurs polis et articulés. Des joueurs qui parlent très peu en «je» et beaucoup en «nous». Des joueurs qui, malgré qu’ils sont encore pour la plupart en 10e année, ont déjà compris que leur succès personnel est essentiellement le résultat du travail collectif produit par le programme de football interscolaire à leur école. Des joueurs qui ont le goût de démontrer, une fois rendus au Québec, à quel point on peut produire du bon football en Acadie.

On ne peut que féliciter les directions des écoles L’Odyssée et Mathieu-Martin de Dieppe d’avoir investi temps et argent dans le développement d’un bon programme de football dans leurs institutions. Oui, du temps. Il en faut beaucoup pour monter une structure solide et viable qui permettra à près d’une quarantaine de jeunes, chaque automne, d’évoluer à travers les valeurs du football.

De l’argent aussi. Imaginez quelques secondes la facture de 40 équipements de football qui atterrit sur le bureau du directeur…

Justement, il est étonnant de constater que le football interscolaire n’a pas trouvé sa niche dans le nord de la province. Pourquoi? Une question de coûts? Une question d’engagements? Une question d’intérêt ou de préférence? Y a-t-il déjà eu des essais? Peut-être. Pourtant, les écoles polyvalentes du Nord sont semblables en termes de fréquentation étudiante à L’Odyssée et Mathieu-Martin. Elles possèdent, pour la plupart, un terrain sportif assez vaste pour y installer un terrain de football. Un circuit entre les écoles secondaires acadiennes ne serait-il pas possible en septembre et octobre?

Le football est non seulement le sport d’équipe par excellence, il est également un élément rassembleur pour une école, et par la bande, une communauté. Il regroupe sous une même tutelle une quarantaine de jeunes. Il peut aussi faire participer les filles à travers un programme de meneuses de claques. Et, comme l’ont démontré deux fois plutôt qu’une les joueurs des Olympiens dans leurs commentaires, il crée autour de lui un fort sentiment d’appartenance à l’école.

Les communautés peuvent également se servir du football pour créer des événements rassembleurs avant les matchs (ces fameux «tail gates»).

Je ne dis pas que les autres sports ne le font pas, loin de là. Le hockey, le soccer, le badminton ou encore le volleyball contribuent largement à cette identité scolaire et à cet enseignement des valeurs sportives d’équipe.

Mais pourquoi ne pas y ajouter le football?