Spiritualité: Pour des communautés fidèles et vivantes

À l’occasion du deuxième anniversaire de son ordination épiscopale, Mgr Daniel Jodoin publiait une lettre pastorale aux fidèles du diocèse de Bathurst. Intitulée «Pour des communautés chrétiennes fidèles au Christ et toujours plus vivantes», la lettre arrive à point nommé, alors que de plus en plus de communautés doivent faire l’Église autrement et envisager l’avenir d’une manière différente du vécu pastoral auquel elles sont habituées.

Lorsque Mgr Jodoin a été nommé évêque de Bathurst, j’ai écrit dans une chronique que cette nomination permet de découvrir et vivre un aspect important de la catholicité de l’Église. Les disciples du Christ ne sont pas nécessairement des gens qui se sont choisis mutuellement à cause de leurs affinités ou des leurs goûts communs. L’Église est constituée de gens d’origines et de sensibilités différentes qui sont «mis ensemble» par le Christ pour être au milieu du monde un signe d’unité et de charité.

Une autre facette intéressante de la nomination de Mgr Jodoin à la tête d’un diocèse acadien, c’est le regard qu’il pose sur l’Église d’ici. Ce regard est novateur et forcément différent du nôtre. Lorsque nous baignons dans un milieu précis depuis nombre d’années, il y a parfois des réalités qui peuvent nous échapper. Comme si nous étions plongés dans une marmite d’eau dont la température s’élève constamment et graduellement: nous nous sentons bien, sans réaliser que cet état est menaçant et peut s’avérer fatal.

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La première partie de la lettre dresse un portrait de l’Église et de la société qu’elle veut servir. Il y a des changements sociaux à l’échelle mondiale qui ont des répercussions chez-nous: les découvertes scientifiques et technologiques, le consumérisme à outrance, l’indifférence face à la dimension religieuse humaine, etc.

Mais il y a aussi des défis particuliers au diocèse de Bathurst à cause du vieillissement de la population, de la dénatalité et de l’exode des forces vives vers les centres urbains. Cette situation, conjuguée à l’éclatement des rites, change la donne en Église. Entre 1975 et 2013, le nombre de baptêmes est passé de 2189 à 754! Le nombre de mariages est passé de 1074 à 156. Il n’y a que les funérailles qui augmentent.

L’état du clergé est aussi présenté dans la lettre. Au diocèse de Bathurst, 11 prêtres se partagent la responsabilité des 56 paroisses. Ces curés sont aidés par quelques prêtres collaborateurs. Actuellement, le diocèse n’a pas de candidat en formation au sacerdoce. Cette situation n’est pas unique à Bathurst: il n’y a aucun séminariste pour le Nouveau-Brunswick actuellement!

À partir de ces données, le constat de l’évêque est clair: le fil de la transmission est cassé, la fibre religieuse s’effiloche, des paroisses éprouvent des difficultés financières malgré les efforts de bénévoles dévoués, la disproportion entre le patrimoine bâti et les besoins est énorme, etc.

Celui qui ne poursuit pas sa lecture jusqu’à la fin de la lettre pourrait croire que l’avenir est bouché. Ce n’est pas le cas. L’évêque n’annonce pas la fin des paroisses, mais il invite à un passage nécessaire (et salutaire!) en proposant une nouvelle manière de les concevoir et de les animer.

S’appuyant sur la Tradition (Ac 2, 42), il invite les communautés chrétiennes à se faire davantage missionnaire en faisant un retour aux origines, privilégiant ainsi l’éducation de la foi, la fraternité, la célébration de la foi et la présence au monde. Cette partie de la lettre (qui est en fait le cœur) dresse l’évolution de la paroisse au cours des âges et les manières de renouveler cette dernière pour qu’elle soit «au service de la mission, et non le contraire».

Afin de susciter la foi et de la garder vivante, Mgr Jodoin termine sa première lettre pastorale en ouvrant quelques pistes à envisager: la prière et l’action pour des vocations, l’instauration du diaconat permanent, le renouvellement des bénévoles, l’initiation à la vie chrétienne, la liturgie, une juste répartition des ressources financières entre les services pastoraux et l’entretien des bâtiments.

L’intégralité de la lettre se trouve sur le site renouvelé du diocèse de Bathurst (www.diocesebathurst.com). Elle témoigne du souci du pasteur par rapport à l’avenir des communautés chrétiennes. Ce thème du renouvellement des paroisses pourrait s’avérer être le programme pastoral de tout son épiscopat.