Oser innover en éducation

Lundi dernier, j’étais à Ottawa pour participer au Congrès des sciences humaines. Annuellement, ce congrès attire en moyenne au-delà de 8 000 congressistes. C’est sept jours de conférences, d’ateliers, de tables rondes et d’activités culturelles.

Éducateurs, historiens, linguistes, géographes, sociologues et autres spécialistes des domaines des sciences humaines s’y réunissent pour échanger leurs idées et leurs recherches sur tous ces domaines d’études.

Sans vouloir ne choquer personne, je dirais que ce genre d’évènement est un peu l’ancêtre de Facebook, Twitter et des autres médias sociaux. À la différence, bien entendu, que nous ne sommes pas dans le numérique. Bien qu’il en existe de plus en plus qui se font en ligne.

On dit que ce serait Didier Érasme (né en 1466 et décédé en 1536) qui serait, en quelque sorte, le père fondateur de ce genre de rencontres savantes. Il a beaucoup voyagé en Europe, de l’Italie à l’Angleterre, afin de rencontrer le plus de savants possible. Il voulait en apprendre davantage et nourrir sa réflexion personnelle. Il aura eu plus de 600 correspondants au cours de sa vie.

J’ai donc fait une communication dans un regroupement qui se spécialise sur l’étude de l’éducation francophone en milieu minoritaire. J’y ai parlé de pensée critique et des défis qu’elle pose à l’enseignant qui souhaite favoriser le développement d’une identité francophone.

En gros, j’essaie de comprendre comment créer un contexte, en classe, qui permettrait à chaque élève d’être conscient qu’il est aux commandes du développement de son identité francophone. C’est un peu comme apprendre à faire du vélo. Assis inconfortablement sur son siège, quand papa ou maman enlève sa main, l’enfant est pleinement conscient qu’il devient un cycliste.

Maintenant, enlevez le mot «vélo» de cet exemple, et remplacez-le par l’expression «culture francophone» ou «culture acadienne». C’est là que ça se complique. Mon idée, à ce sujet, c’est qu’il faut miser sur la pensée critique afin que l’élève soit en mesure d’identifier et d’évaluer par et pour lui-même, les éléments qui doivent être pris en considération.

En vélo, c’est évident: gravité, vitesse, équilibre, deux roues, freins, peur, etc. Aucun de ces facteurs ne peut être négligé. En classe, par contre, il s’agit d’un milieu particulier, créé, quasiment artificiel. Par comparaison, ce serait comme faire du vélo stationnaire. Difficile, dans ce contexte, que l’élève devienne conscient quand il n’a pas à se soucier de certains éléments.

D’autres chercheurs ont aussi présenté le résultat de leurs recherches. C’était assez intéressant de constater que, même si, dans notre regroupement, nous nous intéressions tous d’éducation en contexte minoritaire francophone, nous étions de domaines différents. Il y avait des chercheurs dans les domaines de l’enseignement des sciences, des langues, de l’histoire, etc.

Malgré nos différences, toutefois, nous étions confrontés à des défis et des enjeux qui se rapprochaient. Certains d’entre nous en sont même venus à la conclusion que nous aurions tout intérêt à réunir davantage nos efforts de recherche.

Enfin, à Ottawa, j’ai aussi assisté à une réflexion que présentait Son Excellence le très honorable David Johnston, gouverneur général du Canada. Il discutait d’innovation en éducation. Et, parmi les innovations, deux points ont retenu mon attention. Les échanges plus étroits entre les disciplines et l’obligation de transmettre aux élèves l’attitude de se remettre en question.

Quand même étonnant, vous ne trouvez pas, que des idées aussi vieilles et aussi étudiées passent encore pour de l’innovation! Il faudra peut-être, un jour, oser les mettre en pratique.