Commentaire: De l’autre bord de la clôture

L’ex-journaliste Rosaire L’Italien, qui a pris sa retraite de Radio-Canada récemment, a annoncé la semaine dernière qu’il fait saut en politique fédérale sous la bannière néo-démocrate.

Pour la communauté journalistique de Moncton, qui est tissée serrée, la nouvelle peut difficilement être accueillie autrement qu’avec réserve.

D’un côté, on peut se réjouir que cet ex-collègue ne se tournera pas les pouces en se berçant dans sa chaise. Mais de l’autre, on peut très bien ressentir un certain malaise.

On peut se demander depuis combien de temps Rosaire L’Italien préparait ce coup, depuis combien de temps il était d’allégeance néo-démocrate alors qu’il couvrait l’actualité provinciale. Ces questions se posent chaque fois qu’un journaliste passe du «côté sombre de la force.»

Notre rapport à ce vétéran du monde des médias ne peut faire autrement que changer. Ce n’est pas pour dire qu’on ne lui adressera plus la parole, ou qu’on l’ignorera lorsqu’on le croisera dans la rue. Ce serait mesquin de notre part.

Mais jusqu’aux élections, on ne jasera plus avec Rosaire le sympathique journaliste moustachu au franc-parler. On jasera avec Rosaire le candidat, Rosaire le politicien.

On ne pourra garder les mêmes liens avec lui ou le traiter différemment des autres candidats, question d’éviter de donner l’impression que l’on a un parti pris pour lui ou pour le NPD.

On s’y fera. La clique médiatique francophone de Moncton n’en sera pas à sa première relation ambiguë. Depuis toujours, ses membres apprennent à gérer la proximité aux politiciens et aux leaders de divers milieux.

On a souvent un membre de notre famille qui bardasse dans un parti politique, un voisin qui est président d’un groupe d’intérêt ou un ami qui est élu quelque part.

À moins de vivre détaché de son entourage et de refuser de socialiser de temps en temps, cette cohabitation est inévitable. Il faut apprendre à gérer cette réalité en évitant autant que possible les conflits d’intérêts.

C’est ainsi dans les petites communautés comme Moncton. C’est ça qui est ça, comme dirait l’autre.