La longue marche de la réconciliation

«Celui qui veut assassiner un peuple détruira son âme, profanera ses croyances, ses religions, niera sa culture et son histoire.» – Jean-Marie Adiaffi

Après la Commission de vérité et réconciliation du Canada, c’est au tour du Conseil de la fédération de dévoiler des informations troublantes au sujet de la situation des enfants autochtones du Canada. Au début juin, la commission nous exposait les témoignages d’environ 7000 survivants des écoles résidentielles (aussi nommées pensionnats autochtones) du Canada. Les conditions dans ces pensionnats étaient telles que le taux de mortalité des enfants y demeurant étaient cinq fois plus élevé que dans la population générale.

Et les témoignages entendus par les commissaires vous arrachent les larmes. Par exemple, Richard Hall: «Ils me couraient après, m’attrapaient et m’amenaient à ce pédophile pour qu’il puisse m’agresser, profiter de moi comme il le voulait. Et on vivait dans la peur permanente.» Ou encore Rose Dorothy Charlie: «Ils m’ont volé ma langue. Ils l’ont sortie droit de ma bouche. Je ne l’ai plus jamais parlée.»

En 1883, le premier ministre John A. Macdonald avait déclaré que «Les enfants indiens devraient être retirés le plus possible de l’influence de leurs parents, et la seule manière d’y arriver est de les placer dans des écoles industrielles où ils vont acquérir les habitudes et les pratiques des Blancs». C’est bien cela du génocide culturel.

Certains diront que c’est de l’histoire ancienne et que les choses ont bien changé depuis l’époque des pensionnats. C’est en partie vrai, mais la semaine dernière, le Conseil de la fédération a publié un autre rapport foudroyant. Le Conseil regroupe les premiers ministres des provinces et territoires du pays. Les conclusions du rapport intitulé Bien-être des enfants autochtones sont désolantes, mais pas du tout surprenantes. La surreprésentation des enfants autochtones confiés aux services sociaux est encore un autre scandale national.

Le rapport ne mâche pas ses mots en précisant que «les pensionnats autochtones, de même que les autres politiques qui ont eu des effets sur la culture et les pratiques autochtones, ont eu des répercussions durables en perpétuant le cycle des crises sociales et de la pauvreté». Des cas tragiques dans plus d’une province canadienne, y compris au Nouveau-Brunswick, avaient forcé les premiers ministres à demander cette étude à la suite de leur rencontre du mois d’août 2014.

Aucune région du pays n’est épargnée. Voici comment les choses se présentent dans les provinces maritimes. Au Nouveau-Brunswick, 3 % de la population d’enfants de 0 à 18 ans est autochtone, mais 23 % des enfants confiés aux services sociaux sont autochtones. En Nouvelle-Écosse, les enfants autochtones forment 6 % de la population d’enfants et 23 % des enfants confiés aux services sociaux sont autochtones. L’Île-du-Prince-Édouard ne recueille pas de données sur l’origine ethnique des enfants pris en charge.

Fidèle à ses habitudes, le gouvernement fédéral conservateur n’a pas jugé utile de participer aux travaux des ministères des provinces et des territoires. Il n’est pas dans les bonnes grâces des chefs autochtones. L’Assemblée des Premières Nations (APN) croit pouvoir influencer le vote dans une soixantaine de circonscriptions. Les plus cyniques diront que cela fait justement l’affaire des conservateurs et de sa base politique.

Mais il y a plus.

La Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada et l’APN ont déposé une plainte auprès du Tribunal canadien des droits de la personne alléguant que le gouvernement fédéral fait preuve de discrimination à l’endroit des Premières Nations en finançant les services de protection de l’enfance dans les réserves à un niveau moindre que le financement, par les gouvernements des provinces et des territoires, des services hors réserve. Les Chefs autochtones des provinces maritimes ont demandé à la Cour Suprême du Canada d’empêcher le gouvernement fédéral d’imposer une réforme de l’assistance sociale qui aura comme résultat d’appauvrir davantage certaines familles des Premières Nations.

La Table ronde nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées tente toujours d’obtenir une enquête sur les causes de la fragilité et de l’insécurité des femmes autochtones.

Toutes ses questions sont reliées et le rapport du Conseil de la fédération ne s’en cache pas. En fait, il propose des pistes à suivre:

„ Élaborer des stratégies pour faire face aux problèmes sociaux et économiques qui sont à l’origine de la maltraitance et de la négligence.

„ Améliorer le soutien, notamment en éducation à la petite enfance, offert aux familles autochtones, métisses et inuites.

„ Moderniser les outils, la formation et les normes afin de mieux soutenir les professionnels œuvrant en protection de l’enfance.

Le rapport vaut la peine d’être lu. Ses recommandations vaudraient aussi la peine d’être respectées. Mais ça, c’est une autre question.