Ne pas perdre de vue l’essentiel

«Un enfant, un enseignant, un livre, un crayon peut changer le monde. L’éducation est la seule solution.» – Malala

C’est à la tribune de l’ONU, le 12 juillet 2013, jour de ses 16 ans, que la jeune Pakistanaise Malala Yousafzai, a prononcé ces mots. Et c’est avec conviction qu’elle a fait résonner chaque syllabe. Conviction parce que moins d’un an plus tôt, le 9 octobre 2012, elle avait reçu une balle dans la tête lors d’une attaque des talibans contre l’autobus scolaire qui la transportait à l’école.

En montant dans l’autobus, les talibans ont demandé spécifiquement pour Malala parce qu’elle se battait pour l’accès des filles à l’école. «Ils pensaient qu’une balle pourrait nous réduire au silence, mais ils ont échoué […] et du silence sont sorties des milliers de voix», a déclaré l’adolescente devant le secrétaire général des Nations Unies. Sa voix à elle a depuis résonné dans toute la planète et le prix Nobel de la paix lui a été décerné le 10 octobre 2014, avec Kailash Satyarthi, qui lutte en Inde contre le problème de l’exploitation des enfants.

Un des personnages emblématiques de la Révolution Française, guillotiné à l’âge de 34 ans, Georges Jacques Danton, avait déclaré qu’«après le pain, l’éducation est le premier besoin d’un peuple.» Cette déclaration demeure aussi vraie en 2015 qu’en 1789.

Durant la campagne électorale de 2014 au Nouveau-Brunswick, les partis politiques et leurs chefs ont très peu parlé d’éducation. Pour ne pas être trop sévère, il faut préciser que peu de journalistes ou d’électeurs ont posé des questions touchant l’éducation.

En fait, les sujets de l’avortement, du gaz de schiste, de la fracturation hydraulique, des emplois, de l’économie, des pensions, du déficit et de la dette ont occupé pas mal plus d’espace dans les débats et les réunions partisanes.

Pourtant, notre taux d’alphabétisme demeurent obstinément bas et parmi les pires au pays.

C’est un sujet qui devrait nous inquiéter au plus haut point et qui m’a ramené à l’esprit, encore une fois, un enseignant exceptionnel. Omer Brun était un enseignant qui s’intéressait à tout, au grand bonheur des élèves de ses classes de chimie. J’avoue avoir été très souvent recruté pour poser «LA» bonne question qui inciterait notre maître à nous parler d’autre chose que de molécules. L’actualité, la politique, les questions difficiles de l’époque – la fin des années 1960 – tout y passait. C’est-à-dire, tout sauf la chimie. Les débats étaient vifs et les envolées oratoires de notre professeur nous éclairaient et nous divertissaient, la plupart du temps jusqu’au son de la cloche qui annonçait la fin de la classe… de chimie.

M. Brun était aussi un fervent promoteur de la langue française et de la culture acadienne. Il m’a appris que de bien faire ses arguments, ça compte. Il a contribué largement à ma faim pour la justice sociale et pour l’équité. Il m’a donné le goût de me battre pour mes droits et pour ceux des autres.

Son étoile à lui était pleine d’énergie et de verve. Autant dans une salle de classe de l’école secondaire de Cap-Pelé ou de la polyvalente LJR que dans sa communauté ou dans l’Acadie tout entière. Son inspiration demeure vivante longtemps après sa mort.

Dans un rapport publié par le bureau du Défenseur des enfants et de la jeunesse en 2010, intitulé Le droit à l’identité, à la culture et à la langue: une voie pour le développement de l’enfant, il est écrit:

«De tous les droits garantis aux enfants, le droit le plus fondamental, celui dont tous les enfants devraient jouir selon les adultes du monde entier est le droit à l’éducation pour tous. Tout comme le droit au travail est essentiel à la formation de l’identité de l’être humain, à l’estime de soi et à la dignité humaine, le travail d’un enfant consiste à apprendre. C’est l’accès à l’école publique qui permet à un enfant de se doter des outils nécessaires à son développement optimal. L’éducation constitue la principale solution pour mettre fin aux inégalités, aux privilèges, au partage inégal de la richesse, à l’ignorance et à d’autres problèmes susceptibles de nous diviser en tant qu’êtres humains.»

C’est tout aussi vrai aujourd’hui. La prospérité de notre peuple et de notre province doit passer par l’intervention précoce, le développement de la petite enfance et une éducation de qualité. Même durant les temps difficiles, surtout durant les temps difficiles, il faut se rappeler que les vraies réformes, celles qui changent réellement une société, prennent du temps à réaliser et plus souvent que pas, passe par le système de l’éducation.

Dans cette période d’austérité et de rigueur budgétaire, ne perdons jamais de vue qu’un crayon peut effectivement changer le monde.