Le 15 août: un choix qui a valeur de symbole

Il aura fallu attendre 125 après la Déportation pour que les Acadiens se regroupent, et décident collectivement de se doter des symboles que tout peuple a besoin pour s’épanouir.

Parmi les premières et plus importantes décisions prises par la communauté acadienne lors de la première convention nationale tenue à Memramcook en 1881, c’est le choix de Notre-Dame de l’Assomption comme fête nationale. Si ce choix reçoit aujourd’hui l’approbation unanime de toute la population acadienne, ce fut loin d’être le cas en ce mois de juillet 1881 à Memramcook.

Après les années difficiles de la réinstallation des Acadiens sur les côtes de l’Atlantique et du golfe du Saint-Laurent, les Acadiens commencent docilement, mais fermement à s’organiser. C’est l’époque la Renaissance acadienne.

De cette renaissance surgissent des communautés organisées, où l’on voit apparaître journaux, collèges, couvents et maisons d’enseignement qui sauront chacun et chacune à leurs façons fournir aux Acadiens les outils nécessaires à leur émancipation.

Invités par la Société Saint-Jean Baptiste du Québec à participer à un grand congrès canadien-français où tous les thèmes reliés à la race et à la religion sont débattus par des participants de toute l’Amérique, à l’été 1880, les Acadiens y envoient une centaine de délégués. Impressionnés par cette manifestation patriotique aux discours éloquents et aux spectacles grandioses, les Acadiens reviennent chez eux avec l’idée bien arrêtée d’organiser quelque chose de semblable dans leur coin de pays.

C’est à Memramcook, les 20 et 21 juillet 1881, que les Acadiens furent convoqués à leur première Convention nationale. Les organisateurs comptent sur le clergé acadien présent dans des dizaines de paroisses acadiennes des provinces maritimes pour donner à cette première démonstration patriotique une ampleur sans précédent. On rapporte que plus de 5000 délégués de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick ont participé activement aux cinq commissions au programme de la convention.

La première et la plus courue de ces commissions fut celle discutant et je cite «Du choix et de l’adoption d’une fête nationale générale pour les Acadiens des provinces maritimes».

D’entrée de jeu, les grands leaders nationalistes acadiens sont divisés en deux clans. L’un favorisant le choix du 24 juin, fête de la Saint-Jean-Baptiste et l’autre voulant une fête qui nous soit propre, soit Notre-Dame de l’Assomption. Si l’on connaît l’issue de ce débat qui a favorisé le 15 août, on ignore souvent l’intensité et l’animosité provoquées par celui-ci lors de cette première convention.

Dans un camp comme dans l’autre, on constate la passion des orateurs qui viennent chacun leur tour défendre tantôt Jean-Baptiste, tantôt la vierge Marie!

On y ressort tous les arguments imaginables ou inimaginables; les dates des moissons, et des semences, les saisons de pêche, tout est sur la table! Pour l’essentiel, la question qui se pose est fort simple: doit-on joindre la grande famille canadienne-française qui célèbre la Saint-Jean-Baptiste depuis 1834 où sommes-nous suffisamment forts pour avoir notre propre fête nationale?

Au risque de généraliser, on retrouve les protagonistes de la Saint-Jean-Baptiste regroupés autour d’un clan qui prend ses origines au collège Saint-Joseph, d’où les membres de la communauté Sainte-Croix qui y enseignent, sont pour la plupart originaires du Québec. S’ajoutent à ceux-là, des Acadiens qui sont soit des anciens de Saint-Joseph ou fortement rattachés à l’institution. Pierre Amand Landry et l’abbé Philias Bourgeois seront de ceux qui défendront avec grande conviction la cause de Jean-Baptiste lors de cette convention.

Notre-Dame de l’Assomption est quant à elle défendue avec beaucoup de force par les grands patriotes qui mèneront dans les années suivantes tous nos combats nationaux. À la tête de ce groupe, le plus grand de tous, l’abbé Marcel François Richard sera de loin le plus convaincant. Il est appuyé par une majorité du clergé acadien ainsi que par plusieurs politiciens et notables de toute l’Acadie. Par son éloquence et par son influence déjà très forte chez le peuple acadien, l’abbé Marcel Francois Richard clôt le débat en livrant l’un de ses plus éloquents discours. Quelque temps vers midi, le 21 juillet 1881, l’Acadie venait de se choisir une fête nationale, la fête de l’Assomption qu’elle célèbre depuis ce jour! Bonne fête à tous!

Rectificatif

Dans la chronique du 23 juillet dernier sur Richard Hatfield j’ai par erreur mentionné que la reconnaissance du drapeau acadien par monsieur Hatfield eut lieu en 1979, alors qu’en réalité c’est lors du bicentenaire de la province en 1984 que le drapeau acadien fut officiellement reconnu quand Richard Hatfield, après avoir amendé une motion du député libéral Pierre Godin, la fit approuver par l’Assemblée législative.