Éducation: Conserver son identité?

Qu’ont en commun la vidéo controversée de la chanteuse Natasha St-Pier et la décision du Japon d’abolir les facultés des sciences humaines et sociales des universités nationales?

On n’a jamais autant besoin de dire qui on est que lorsqu’on est à l’étranger. J’ai vécu en France une année, au tournant du millénaire. J’aurais eu une affiche au-dessus de ma tête marquée «étranger» que ça n’aurait rien changé. Surtout à cause de l’accent, mais aussi par mes façons d’agir, j’étais rapidement repéré, différent.

– Québécois?

– Non, Acadien!

– Qu’est-ce que c’est?

Ça, c’était avant Natasha St-Pier et Caroline Savoie. À en lire certains médias français, maintenant, l’Acadie est connue. Il s’agit d’une région du Québec!

Sur le site de la compagnie de disque du récent album de Natasha St-Pier, on peut y lire que «L’histoire du peuple acadien, c’est l’histoire de tous ces peuples qui se sont battus et se battent encore pour conserver leur identité». Ça ne pourrait pas être mieux écrit!

La réaction controversée qui a suivi la mise en ligne du vidéoclip de la chanson Tous les Acadiens interprétée par Natasha illustre que nombres d’Acadiens n’ont pas reconnus leur identité dans celle que met en scène notre Acadienne des terres et des forêts.

Dans le jeu de l’offre et de la demande, on peut en apprendre beaucoup sur l’acheteur simplement en examinant l’offre. L’équipe qui entoure Natasha semble avoir pensée qu’il valait mieux offrir une mise en scène stéréotypée qui correspond à ce que veulent les acheteurs, sans doute surtout issus du marché de la France. C’est la raison pour laquelle on voit, dans le vidéoclip, une Natasha acadienne entourée de «stéréotypes».

Mais nous, ici, quels sont nos stéréotypes? Quels sont les clichés qui nous viennent en tête en pensant aux Québécois? Aux Français? Aux Italiens? Aux Turques? Aux Chinois? En fait, nous n’avons même pas besoin d’aller aussi loin. Quels sont nos préjugés à l’égard des gens qui habitent la communauté voisine? Quand on pense à qui nous sommes, quels sont les éléments qui composent notre identité?

C’est là qu’entre en scène la formation générale où les disciplines des sciences sociales et humaines sont particulièrement précieuses pour contrer les préjugés et aider à construire notre identité. Malheureusement, en cette ère où l’austérité est à la mode, certains pensent que l’on peut se passer des sciences sociales et humaines.

Par exemple, comme je le lisais dans divers articles qui réfèrent à un éditorial paru dans le Japan Times du mois de juin 2015, le gouvernement japonais vient d’ordonner la fermeture de facultés des sciences sociales et humaines. 26 des 60 universités nationales ont décidé d’obtempérer à cette directive. 17 s’y opposent.

Un débat semblable se passe actuellement dans les Cégeps au Québec où l’on remet en question la formation générale qui y est offerte.

Le gouvernement japonais souhaite rendre les universités plus performantes et mieux capables de répondre aux besoins de l’industrie et du marché de l’emploi. Comme si la formation générale et la santé de l’économie étaient opposées… Comme si l’une ne pouvait pas aider l’autre!

Pourtant, la formation générale est essentielle pour connaître notre identité, notre culture et celle de nos voisins d’ici et d’ailleurs.

La philosophie, la littérature, la sociologie, l’histoire et toutes les autres disciplines des sciences humaines et sociales permettent de nous penser et de penser le monde. Elles sont notre miroir dans lequel nous pouvons nous reconnaître nous-mêmes.

En fait, dans la lutte pour conserver notre identité, voilà toute la différence entre la culture populaire et la culture générale.