Réflexion – Prescrire la santé

Depuis quelques jours, on voit les annonces publicitaires régulièrement à la télévision. C’est une première mondiale à si grande échelle. C’est tellement logique que c’est à se demander pourquoi ça ne s’était pas fait avant. Les médecins omnipraticiens du Québec – ils sont plus de 8000 – sont chanceux. Ils peuvent maintenant prescrire autre chose que des pilules. Ils peuvent marquer sur leur ordonnance un remède bien meilleur: pratiquer l’activité physique.

Oui, vous avez bien lu. Quoiqu’avec toute la publicité qui s’est faite autour de cette initiative depuis le printemps, il serait étonnant que vous ne soyez pas au courant. Plutôt que de s’attaquer au curatif, les médecins auront l’occasion de proposer dorénavant du préventif. Et quoi de mieux que bouger? Ce n’est pas la fin des pilules, on s’entend. Mais c’est un début prometteur qui pourrait mener à réduire l’espace – et ces petites bouteilles difficiles à ouvrir… – que nous occupons dans notre pharmacie.

Prescrire de l’activité physique à ses patients; quelle belle idée. Elle vient d’un gars du Saguenay-Lac-Saint-Jean d’où je suis originaire. Un gars bien spécial (dans le bon sens du terme, on s’entend), parce que son cheminement ne l’amenait pas du tout vers ce qui deviendra son fabuleux destin.

Ce gars, c’est Pierre Lavoie. Vous en avez certainement entendu parler. C’est lui qui mène un grand défi de relier, chaque année, sa région natale à Montréal dans un week-end à travers un marathon cycliste par équipe de 1000 km afin de faire la promotion de l’activité physique et la prise de conscience d’adopter de saines habitudes de vie. Quelques équipes du Nouveau-Brunswick y ont d’ailleurs déjà pris part, sans oublier le Tour de l’Espoir qui fait le tour de la province pour les mêmes raisons depuis quelques années.

Travailleur dans un moulin à papier, sédentaire et fumeur, Lavoie décide de changer radicalement son mode de vie. Il écrase la cigarette et se met à courir. À nager aussi. Et à faire du vélo. Tellement qu’il se lance comme objectif de participer au championnat mondial Ironman à Hawaï. Il en gagnera deux dans sa catégorie d’âge.

En 1999, il crée le Défi Pierre Lavoie dédié à la recherche sur l’acidose lactique (une maladie génétique; deux de ses quatre enfants en sont décédés), qui deviendra en 2008 le Grand défi Pierre Lavoie, dont la mission est de prévenir les jeunes aux dangers de la sédentarité et de les encourager à adopter une vie saine et active. Cet événement est précédé d’une vaste tournée pendant tout le mois de mai dans les écoles afin d’inciter les enfants de 6 à 12 ans à bouger davantage grâce au concept des cubes d’énergie (l’annonce Lève-toi et bouge, ça vous dit quelque chose?), un cube correspondant à 15 minutes d’activité physique. Une tournée qui a récemment amené la caravane dans deux écoles de la région Chaleur, les chanceux!

Le succès est instantané. C’est devenu un incontournable. En 2009, quelque 16 millions de cubes ont été accumulés. Quatre ans plus tard, plus de 90 millions…

Maintenant, les médecins omnipraticiens québécois ont emprunté cette vision et pourront remettre à leurs patients une prescription spéciale qui leur suggérera d’accumuler ces cubes d’énergie à travers d’activités physiques adaptées. Génial!

Ai-je besoin de vous parler des bienfaits de l’activité physique et l’adoption de saines habitudes de vie? Le sujet a tellement a été documenté: baisse de l’hypertension, perte de gras, contrôle du poids, réduction du mauvais cholestérol, amélioration de l’humeur, maintien des fonctions physiques… On pourrait continuer bien longtemps comme ça.

En fait, je dis «nous», mais je devrais plutôt dire «eux», ce «eux» étant les Québécois. Parce que ce n’est pas encore en application chez nous. Va-t-il l’être un jour? Je l’espère. Dans l’optique où les jeunes de notre province montrent un taux d’obésité supérieure à la moyenne nationale et une tendance plutôt prononcée à l’inactivité physique, ils ont besoin d’une source de motivation originale et attrayante afin de les amener à bouger. Dans l’optique aussi où notre population vieillit à vue d’oeil et mettra encore plus de pression sur un système de santé déjà très fragilisé, elle a besoin d’un incitatif simple et efficace à demeurer actif.

Je me croise les doigts pour que ce qui se passe au Québec fasse bientôt des petits ici. Nos médecins doivent oser emboîter le pas et pratiquer ce que nous exigeons depuis des années: une médecine préventive plutôt que curative. Nous les incitons à rallier tout de suite cette cause originale qui, de toute façon, deviendra un incontournable.

Que la marche remplace la pilule. Que bouger remplace la sédentarité. Que l’espadrille remplace la pantoufle. Que le fruit remplace le bol de croustilles. Que la santé remplace la maladie. Que les cubes d’énergie tracent la voie – notre voie – vers une meilleure santé.

En clair, le Nouveau-Brunswick doit suivre la voie de Pierre Lavoie.