Spiritualité: l’environnement nous concerne tous!

On entend beaucoup parler de Paris. À partir du 30 novembre, ce sera à cause de la conférence sur les changements climatiques. Les participants veulent adopter des objectifs clairs et contraignants pour limiter le réchauffement à moins de 2 degrés Celcius.

Au programme: chaque pays présentera ses objectifs pour réduire l’émission des gaz à effet de serre. De plus, les pays développés seront invités à contribuer à un Fonds vert pour le climat afin d’aider les pays en voie de développement. Ceci est une question de justice: la situation écologique est alarmante à cause du développement sauvage des pays développés au cours des dernières décennies. Ce serait ajouter à l’injustice que de demander aux pays pauvres de se soumettre aux mêmes objectifs que les autres.

Le 24 mai, le pape François écrivait une encyclique «sur la sauvegarde de la maison commune». Pris par l’actualité, je n’ai pas encore présenté ce texte majeur. J’attendais une bonne occasion pour le faire. La voici puisque plusieurs des participants à la conférence de Paris ont déjà lu ce texte (j’ose croire que ceux des pays qui ne présentent pas d’allergies par rapport aux documents du Saint-Siège en citeront des passages!)

Le message de François est honnête et humble. Pour lui, le monde est plus qu’un problème à résoudre, il est un mystère à contempler. En reconnaissant la détérioration de l’état de la planète, il dit que la réflexion de l’Église invite chacun au respect de l’harmonie avec l’environnement. Se soucier de l’environnement n’est pas un appendice à la vie chrétienne.

L’encyclique aborde plusieurs thèmes avec intelligence et sagesse. Impossible de tout résumer ici. Aujourd’hui, je présente quelques bouchées (avant le plat de résistance qui viendra) en m’attardant sur trois thèmes qui ont retenu mon attention.

Interdépendance

Le titre de l’encyclique fait référence au cantique de François d’Assiss: «Loué sois-tu Seigneur, pour sœur notre mère la terre». Aucun être vivant n’est exclu de la fraternité universelle. Toute cruauté sur une créature est contraire à la dignité humaine.

La terre n’est pas une réalité étrangère à l’être humain. Nous sommes constitués d’éléments de la planète puisque son air nous donne le souffle et son eau nous vivifie: nous faisons partie de la terre et sommes enchevêtrés avec elle (no 139).

Nous appartenons plus à la terre qu’elle nous appartient. Ceci invite à entretenir en soi l’humilité. Sans elle, l’humain se sent autorisé à dominer sans aucune limite.

Langage divin

Par la nature, Dieu parle de sa grandeur et de son amour. Pour les croyants, contempler la création, c’est écouter une voix et entendre un appel.

Si nous ne nous approchons pas de l’environnement avec étonnement et émerveillement, notre attitude devient celle du consommateur et de l’exploiteur de ressources. La terre n’est alors plus une sœur ou une mère à aimer. Mais une réalité à exploiter.

«Prêter attention à la beauté, et l’aimer, nous aide à sortir du paradigme utilitariste. Quand quelqu’un n’apprend pas à s’arrêter pour observer et pour évaluer ce qui est beau, il n’est pas étonnant que tout devienne pour lui objet d’usage et d’abus sans scrupule.» (no 215)

La propriété privée

Reconnue comme un droit par l’Église, la propriété privée est destinée au bien commun. À propos d’un objet, certaines personnes disent: «J’ai le droit d’en faire ce que j’en veux parce que ça m’appartient». Pourtant, même si je possède un chien, cela ne me donne pas le droit d’en faire ce que j’en veux. Il y a des règles qui relèvent de l’éthique.

L’environnement est un patrimoine collectif, sous la responsabilité de tous. Celui qui s’approprie quelque chose doit s’en servir intelligemment. S’il ne le fait pas en abusant et en gaspillant, il charge sa conscience du poids de nier l’existence des autres.

Nous entrons dans un mois de grande consommation. Autant pour les décorations que pour les cadeaux, nous pouvons faire œuvre de prudence et de retenue. Parce qu’acheter n’est pas qu’un acte économique, mais aussi un acte moral.

Laudato Si, no 233

Encyclique: lettre du pape adressée à l’ensemble des évêques, au clergé, aux fidèles, éventuellement à toute l’humanité; ce sont des textes qui ont valeur d’enseignement. Chaque pontificat est marqué par de nombreuses encycliques. Jean-Paul II a publié quatorze lettres encycliques. Benoît XVI en a publié trois. François, deux.

Laudato si s’adresse à l’ensemble de l’humanité (et non pas uniquement aux fidèles comme c’est le cas habituellement). Dans les années soixante, Jean XXIII avait aussi écrit pour toute l’humanité lors de la menace d’une crise nucléaire: «Pacem in Terris» s’adressait aux fidèles de tout l’univers… ainsi qu’à tous les hommes de bonne volonté. – SC