Racines acadiennes – Bernard: l’époux d’Andrée Guyon a-t-il été retrouvé?

«Souvenez vous des œuvres qu’ont faites vos ancêtres chacun dans leur temps et vous recevrez une grande gloire et un nom éternel.»
– Machabées, L.1, c. 2, v. 51

Le premier Bernard à s’établir en Acadie n’est pas celui qui a donné son nom à cette grande famille acadienne.

Cet honneur revient à René Bernard, arrivé dans les années 1680. René épouse Madeleine Doucet vers 1689.

Bona Arsenault disait dans son dictionnaire que René Bernard était «sans doute» le fils de André Bernard et Andrée Guyon.

Ici, il faisait deux erreurs.

André Bernard, maçon de Beauvais

Premièrement, André Bernard a longtemps été faussement perçu comme l’époux d’Andrée Guyon et le père de Jeanne et Marie Bernard, matriarches des familles Chiasson et Landry.

Mais il est peu probable qu’André Bernard soit resté en Acadie après les événements de 1645. Cet engagé de La Tour au Fort Saint-Jean a été choisi par Menou d’Aulnay pour agir comme bourreau lors de l’exécution de ses camarades, après la reddition du fort.

Pour la petite histoire, André Bernard, de «Beauvais-sur-Mer» en Poitou, a été engagé par l’intendant des affaires de Charles de La Tour, Guillaume Desjardins, le 2 mars 1641 à La Rochelle pour trois ans, devant le notaire Cherbonnier.

René Bernard, d’origine inconnue

La deuxième erreur d’Arsenault était de proposer que René Bernard était le frère de Jeanne et Marie Bernard, même si deux décennies plus tôt, Archange Godbout avait démontré que c’était improbable, vu l’absence de dispenses aux mariages entre les descendants de chacun.

En fait, on ne connaît rien des parents et des origines de René Bernard. Il ne se semble pas parent des autres qui portaient déjà le nom de famille en Acadie.

Qui est donc le père des soeurs Jeanne Bernard (épouse du premier Chiasson) et Marie Bernard (épouse de René Landry le 2e)? Qui est ce mari d’Andrée Guyon?

Charles Bernard, matelot de La Rochelle

Son prénom est demeuré un mystère jusqu’à récemment, mais il a peut-être été trouvé à La Rochelle, peu avant le départ de la famille pour l’Acadie.

Puisque nous n’avons pas de documents en Acadie qui précisent le lieu d’origine de cette famille, on ne peut pas être certain d’avoir trouvé la bonne. Par exemple, il existe peut-être une autre Andrée Guyon qui a aussi épousé un Bernard. Si c’est peu probable, ce n’est pas impossible.

Dans les registres de la paroisse Saint-Jean-Perrot de La Rochelle, qui comprend le quartier du Port de La Rochelle, on trouve le 25 septembre 1639 le mariage de Charles Bernard avec Andrée Guyon.

 

L’acte mariage de Charles Bernard et de Andrée Guyon, dans la paroisse Saint-Jean-du-Perrot à La Rochelle. «Le 25me Septembre 1639 ont esté Espousés Charles bernard de la parroisse de St Sauveur et Andrée Guyon demeurante en Cette parroisse et ce en presence de pierre Guyon et de Charles bernard et Mathelin Guyon et plusieurs autres.» – Gracieuseté Archives départementales de la Charente-Maritime
L’acte mariage de Charles Bernard et de Andrée Guyon, dans la paroisse Saint-Jean-du-Perrot à La Rochelle. «Le 25me Septembre 1639 ont esté Espousés Charles bernard de la parroisse de St Sauveur et Andrée Guyon demeurante en Cette parroisse et ce en presence de pierre Guyon et de Charles bernard et Mathelin Guyon et plusieurs autres.» – Gracieuseté Archives départementales de la Charente-Maritime

Curieusement, leur contrat de mariage a été rédigé 19 mois plus tôt, devant le notaire Pierre Moreau.

Charles est un matelot et semble déjà travailler sur les navires. Ses absences prolongées ont pu retarder le mariage. Le contrat de mariage est normalement passé dans les jours, voire les semaines précédant le mariage.

Des témoins au contrat de mariage sont les maris des cousines de Charles Bernard, sont originaires de Saint Hilaire La Palud, où un notaire aussi nommé Charles Bernard exerce. C’est possiblement le lieu d’origine de cette famille Bernard, selon le chercheur Jacques Nerrou.

Mais ni son acte de mariage ni le contrat de mariage ne nomment ses parents, ce qui est plutôt étrange.

Du couple est d’abord né un garçon, Guillaume, baptisé dans la paroisse Saint-Barthélémy à La Rochelle, le 22 août 1640. Ce dernier ne survit pas deux mois et décède en octobre.

Vient ensuite une fille, Dominique, qui est baptisée le 18 novembre 1641 dans la même paroisse. Elle n’a probablement pas survécu, car elle est inconnue plus tard en Acadie.

Charles Bernard, matelot, est toujours présent à La Rochelle en décembre 1643 et en mars 1644, où il est parrain de Charles Moysan puis de Jeanne Bouton.

Les deux Acadiennes issues de ce couple, Jeanne et Marie sont nées vers 1644 et 1645. Elles sont peut-être nées en Acadie.

Nicolas Bernard, souche Mi’kmaque

En plus de René, André et Charles, il existe aussi un certain Nicolas Bernard, né vers 1662, qui est connu en Acadie. Il se serait intégré aux Mi’kmaq de la province pour propager le nom dans la communauté autochtone. Est-il un petit-fils de Charles? Ou encore d’André Bernard si ce dernier s’est réfugié chez les Autochtones? Peut-être que l’avenir nous le dira. La plupart s’entendent pour dire que André Bernard est probablement retourné en France après 1645.

Sources:

– Jacques Nerrou, André Bernard était-il l’époux d’Andrée Guion?, Racines & Rameaux Français d’Acadie, Lanester 56600, avril 2008, Bulletin n° 42, pages 15-17; et communications personnelles, dont Navires et engagés pour les terres neufves, septembre 2012.

– Stephen White, DGFA, 1999.

– Recherches personnelles.

 

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