L’Acadien qui pilote un Boeing 777 au Qatar

Il y a des gens qui vont au boulot de 9 h à 17 h et qui, le soir venu, regardent des téléromans. Et il y en a d’autres, comme Réjean Vienneau, qui gagnent leur vie en pilotant un Boeing 777 et qui, dans leurs temps libres, jouent au hockey dans le désert!

Natif de Petit-Rocher, M. Vienneau vit à Doha, la capitale du Qatar, depuis presque 12 ans.

Le Qatar est un émirat du Moyen-Orient voisin de l’Arabie saoudite. L’économie du pays repose principalement sur le pétrole et le gaz naturel, ce qui en fait un État extrêmement riche.

Dans la petite oasis de civilisation au coeur du désert qu’est Doha, l’Acadien âgé de 47 ans est commandant d’un Boeing 777 et instructeur pour Qatar Airways, une ligne aérienne qui dessert 150 destinations réparties sur tous les continents.

Même après toutes ces années, dont certaines aux commandes d’un Airbus A300, M. Vienneau doit parfois se pincer pour réaliser qu’il ne rêve pas.

«Je suis encore impressionné de voir que mon travail est de piloter un avion de 350 tonnes transportant plus de 400 personnes qui sont sous ma responsabilité», lance-t-il.

Des études en ingénierie

Même s’il était passionné d’aviation, Réjean Vienneau a entamé des études à l’Université de Moncton en ingénierie, «comme mes frères», dit-il.

Sa passion a toutefois rapidement pris le dessus et après une année à l’U de M, il a débuté des études à temps plein au Moncton Flight Centre (aujourd’hui connu sous le nom de Moncton Flight College).

Après avoir obtenu sa licence commerciale de pilote en 1989, l’Acadien a rapidement réalisé que le milieu de l’aviation était très fermé et que les compagnies d’aviation aériennes canadiennes n’embauchent pas n’importe qui.

«Ç’a été très difficile au début, confie-t-il. Tous les jeunes pilotes font face au même défi: accumuler des heures de vol. Or, tous les employeurs veulent embaucher des pilotes d’expérience. Mais il faut bien commencer quelque part», se désole ce diplômé de l’École secondaire Népisiguit.

M. Vienneau a donc lentement gagné ses galons de pilote et a même décroché un emploi chez Air Transat. Mais comble de malheur, il s’est retrouvé mis à pied quand la compagnie québécoise a connu des difficultés financières, au début des années 2000.

L’occasion d’aller travailler au Qatar s’est alors présentée à lui.

«Ça n’a pas été facile de quitter notre beau pays, mais on n’a pas le choix d’aller où il y a du travail», souligne celui qui a effectué son premier vol à l’âge de 19 ans.

Aujourd’hui, il accumule de 900 à 1200 heures de vol par année, soit l’équivalent de 25 heures par semaine.

«Ça ne semble pas beaucoup, prévient-il, mais il ne faut pas oublier que ce sont 25 heures de vol. Nous ne comptons pas les heures de préparations avant le vol, la sécurité, les douanes et le transport de l’hôtel à l’aéroport.»

Même s’il adore son métier, Réjean Vienneau est le premier à admettre qu’il est beaucoup moins glamour qu’on pourrait le croire.

«La partie la plus difficile de mon travail est la gestion de mon sommeil. Vous allez peut-être trouver ça un peu étrange, mais c’est une réalité. Nous effectuons des vols qui croisent jusqu’à 10 fuseaux horaires et les départs peuvent être le jour ou la nuit», raconte-t-il, citant comme exemple qu’un vol entre le Qatar et Houston dure plus de 16 heures.

Mais n’allez pas penser que l’Acadien se plaint de son sort. Bien au contraire. Il vit dans une ville ultra moderne, très riche, où il ne neige jamais, où il pleut à peine dix jours par année et où les occasions de divertissement sont très nombreuses. Et il peut même y jouer au hockey!

«Eh oui! On peut jouer au hockey au Qatar. Nous avons un groupe de près de 200 adultes qui jouent. Ce sont des Canadiens et des Européens, pour la plupart. Nous avons une patinoire pleine grandeur située dans un centre d’achats. Je joue également au golf. Il m’arrive même de pratiquer les deux sports dans la même journée!»

Bientôt un retour aux sources

La vie de pilote de ligne au Qatar a ses avantages – sauf peut-être les jours où le mercure atteint les 50 degrés Celsius. N’empêche que Réjean Vienneau souhaite revenir vivre dans son Acadie natale. Et plus tôt que tard.

«J’ai visité plein de pays dans le monde grâce à mon métier et il va sans dire que notre coin de pays, l’Acadie, est l’un des plus magnifiques endroits au monde. La simplicité des gens et leur savoir-vivre y comptent pour beaucoup», témoigne-t-il.

Depuis qu’il s’est établi au Qatar, chaque année, M. Vienneau fait un saut à Petit-Rocher.

«J’ai besoin de ce temps pour refaire le plein d’énergie. Il n’y a rien de mieux que de passer du temps au bord de la mer et de manger un bon homard avec la famille et ses amis.»

En 2011, il a déménagé ses pénates à Moncton, mais il a de nouveau été victime des difficultés financières qui frappent périodiquement l’industrie de l’aviation. Un retour en Acadie de quelques mois qui s’est soldé par un autre déménagement au Qatar. Ce n’est que partie remise, toutefois.

«Nous préparons présentement notre retour. On se donne encore quelques années à l’extérieur, mais on a très hâte de retourner chez nous.»