Question épineuse

Je me rendrai cette semaine aux universités d’Edmonton et de Calgary pour rencontrer des professeurs et des étudiants de français dans cette partie du pays.

Me trouverai-je devant des groupes de 10, 20 ou 50 personnes ? Je n’en ai aucune idée. La professeure qui m’invite a intitulé une des rencontres «Dialogue autour d’une francophonie plurielle et bilingue». Hmm…

Comme par hasard, dans un reportage de Radio-Canada (Montréal) sur la production musicale On a tous une Lydia Lee de Marie-Jo Thério, spectacle qui sera présenté à compter de demain dans la métropole, l’intervieweuse souligne l’aisance avec laquelle Marie-Jo passe du français à l’anglais au français et ainsi de suite. C’est tout juste si on ne sent pas une note d’envie dans le propos de la journaliste.

Sommes-nous dans un nouveau paradigme? La vague de chiac-parler qui culmine depuis quelques années en musique, en littérature ainsi que sur la place publique a-t-elle mené à l’ultime constatation qu’il y a quelque chose d’admirable dans cette habilité à se mouvoir d’une langue à l’autre avec autant de fluidité?

Parallèlement, de plus en plus d’artistes de l’Acadie ne se gênent pas de faire valoir leurs talents en anglais également. Il n’y a pas si longtemps, nous nous battions pour faire connaître notre existence en français. Aujour-d’hui, cette bataille étant plus ou moins derrière nous, nous osons aussi nous faire connaître en anglais. Nuance: pas en anglais par défaut, mais bien en anglais aussi, en plus du français.

Le transfert se fait aussi à l’inverse: de nos artistes qui s’étaient lancés en anglais s’aventurent maintenant en français. Rafraîchissant, non?

Entretemps, j’apprends que la professeure Annette Boudreau de l’Université de Moncton lancera sous peu un livre sur cette question de langue métissée et, d’autre part, qu’une doctorante de l’Université de Cardiff au Pays de Galles se référera, entre autres, à mon roman Pour sûr, à côté de textes Gallois-Anglais pour sa thèse sur l’alternance codique (alterner d’une langue à une autre ou code-switching), une branche bien établie de la linguistique.

Il y a sûrement du bien dans tout ce qui précède, n’empêche, j’ai souvent mal à ma langue.