La visite à Washington, la semaine passée, du premier ministre Justin Trudeau et de son épouse, Sophie Grégoire, a suscité des émois médiatiques frisant l’hystérie, particulièrement à la CBC et à Radio-Canada qui avaient, pour l’occasion, sorti leur glotte d’apparat.

Je comprends qu’on soit ravi dans cette société d’État de la promesse libérale «d’un nouvel investissement annuel de 150 millions$ dans CBC/Radio-Canada», comme le clamait une promesse du Parti libéral aux dernières élections fédérales, mais faut-il pour autant en perdre tout sens critique?
Peut-être que je me fais des idées, mais il me semble que depuis l’annonce de cette promesse électorale, aux émissions d’affaires publiques de la CBC et de Radio-Canada on a mis de côté l’abécédaire des adjectifs péjoratifs absolus qui semblaient de mise à l’égard du fédéral durant les dernières années du régime Harper, optant résolument envers le gouvernement libéral pour un registre d’exclamations aux tonalités euphoriques un tantinet partisanes.
Autrefois, les partis politiques en campagne électorale cherchaient à acheter des votes individuels en offrant des flasques de gin aux électeurs. De nos jours, on offre un gros cadeau collectif à une société d’État médiatique qui, elle, se chargera de répercuter la «bonne nouvelle» politique aux quatre points cardinaux.
Plus ça change…

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Cela dit, il faut reconnaître que cet engouement libéral radio-canadien peut quand même se justifier après l’éprouvante décennie harperienne autoritaire à laquelle le Canada a été soumis.
D’autant plus que le contraste est frappant entre la pétulance du nouveau gouvernement et la morgue de l’ancien!
Et comme si cela ne suffisait pas, par un concours de circonstances inouïes, le jeune premier ministre Trudeau a pu et a su profiter d’une kyrielle de sommets internationaux qui se sont tenus dans les jours et semaines suivant son élection, et qui lui ont permis d’emblée d’aller s’auto-photographier sur la scène internationale, amenant ainsi le reste de la planète à prendre acte rapidement de la nouvelle donne politique canadienne.
Les astres – pour ne pas dire les flashes –, l’ont bien servi, et par ricochet, ils nous ont bien servis, nous aussi! Alléluia!

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Dans ce contexte aux accents de «libération nationale», il va sans dire qu’une visite officielle orchestrée en grande pompe par la Maison-Blanche revêt un caractère d’exception. Et cela contraste spectaculairement avec l’indifférence glaciale que le président Obama réservait au premier ministre Harper.
Le président Obama a voulu envoyer un message clair au monde en adoubant aussi solennellement le nouveau premier ministre canadien: le Canada est de retour.
C’est pourquoi ce sont surtout les symboles qui ont dominé dans cette visite: sous des cascades d’orchidées, d’hortensias et d’amarantes aux tons pastel, beaucoup de flaflas, du faste, des trompettes, des tapis rouges. On se serait cru à une soirée des Oscars.

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Et parlant de symboles, qu’y a-t-il de plus évocateur, lors d’un dîner d’État, qu’une tenue de soirée avec juste ce qu’il faut de paillettes pour allumer des étincelles dans les yeux des speakerines radio-canadiennes stridulantes qui, à les entendre, laissait à penser qu’elles rêvent toujours d’être princesses?
Elles n’auront pas été déçues: Sophie Grégoire était radieuse dans sa robe de graduation violet épiscopal ornée d’un gros ruban jaune orange r’luisant. Et que dire de la jaquette anthracite fleurie si fluide que portait la First Lady, indiquant qu’elle ne prévoyait pas se coucher tard, signalant du coup que le souper serait short and sweet?
Même leurs époux s’étaient mis de la fête en enfilant des costumes de butlers!
Et que penser du menu! Il ne laissait pas à désirer non plus: casserole de flétan d’Alaska aux asperges et chanterelles nappé d’un beurre aux fines herbes du jardin de la Maison-Blanche, salade d’abricots rôtis et de fromage des Appalaches parfumée au gingembre et à la cardamome, agneau du Colorado à croûte d’herbes arrosé de whisky canadien avec pommes de terres dauphinoises du Yukon, gâteau aux pacanes du Texas et au sirop d’érable de la Nouvelle-Angleterre servi avec une gaufrette de graines de cacao et de la crème glacée panachée d’un tourbillon de caramel écossais!
Pepto-Bismol, que’qu’un?

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Dieu merci, les deux couples ont également eu le temps de discuter de choses sérieuses. Probablement que la CBC et Radio-Canada vont en parler un jour quand les fonctionnaires de la société d’État auront fini de digérer leurs émotions. Restez à l’écoute!
En attendant, espérons de tout cœur que le premier ministre Trudeau et son épouse prennent goût aux flashes et aux paillettes. Ça va nous donner l’impression que le Canada brille de tous ses feux sur la scène internationale!
Mais le Canada aura-t-il plus de pouvoir? Et si oui, saura-t-il l’assumer?

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LES COMMENTAIRES ANONYMES

Encore un scandale linguistique au Nouveau-Brunswick! Vlà que certains tinamis anglophones anonymes écrivent des choses méchantes au sujet des Acadiens et des francophones sur le site web de Cibici anglais.
Même qu’une pléthore de personnalités z’acadiennes ont décidé de rugir ensemble dans une lettre publique. Je ne peux que me réjouir de constater que l’intelligentsia acadienne n’est pas aussi catatonique qu’on pourrait le croire parfois.
Et je profite de l’occasion pour féliciter l’avocat Michel Doucet qui, encore une fois, a pris cette initiative. À vrai dire, il est pratiquement le seul Acadien à veiller au grain avec une constance et une détermination qui l’honorent. C’est notre vigile national. On devrait lui rendre l’hommage qui lui est dû.
En me renseignant sur cette affaire, j’ai appris que le premier ministre Brian Gallant, suivant le courant, avait senti le besoin d’émettre un timide gazouillis sur Twitter priant la CBC d’interdire les commentaires anonymes sur son site Internet: «J’espère que CBC News prendra acte des réactions négatives du public et ne laissera pas les gens commenter sans s’identifier», aurait-il gazouillé.
Comme discours à la nation, on a déjà vu plus élaboré!
En septembre 2014, l’Acadie a élu un gouvernement à forte représentation francophone. Mais à quoi ça sert, le pouvoir, si le gouvernement refuse de l’assumer?
Entre les paillettes fédérales et le gazouillis provincial, un pouvoir attend. Mais peut-être n’est-il que virtuel…
Han, Madame?

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