BERNARD THÉRIAULT

La magnifique victoire de Michel Doucet dans le dossier de la CBC, cette semaine, nous a tous remplis d’une grande joie dans des secteurs où les victoires sont plutôt rares par les temps qui courent!

L’exploit de M. Doucet est d’autant plus grand puisqu’il s’inscrit dans une démarche citoyenne qui a réveillé, en quelque sorte, une population malheureusement trop amorphe en d’autres circonstances. J’avouerai que je ne suis pas généralement un grand partisan de la «judiciarisation» des causes francophones, mais je dois admettre que Michel Doucet, dans ce cas- ci, a montré qu’il avait plus d’une corde à son arc.

Il a bien sûr utilisé sa notoriété et sa puissante plume pour exprimer une légitime revendication, mais il a invité la communauté à l’accompagner, donnant à ce mouvement la force qui a conduit la CBC à reculer. Bravo à tous!

Toutefois, cette victoire ne dissipe en rien l’épais brouillard anti-francophone qui trône sur la capitale provinciale depuis deux ans. Que se passe-t-il vraiment à Fredericton pour créer un tel climat?

D’abord, on observe d’une façon générale qu’en des temps difficiles sur le plan économique, on a tendance à imputer nos malheurs à la langue. Qui plus est, la dernière élection a créé une situation particulière quand les libéraux ont pris le pouvoir avec un caucus a forte majorité francophone, alors que les conservateurs n’ont fait élire qu’un seul député francophone. Que l’on ne se trompe pas, ce vote était loin d’être un vote linguistique, comme certains le prétendent, c’est plutôt une révolte rurale qui a fait élire Brian Gallant. Alors que les trois grandes villes ont supporté le parti conservateur et ses politiques, les régions rurales ont rejeté la politique centralisatrice des conservateurs. La preuve de ceci, les libéraux ont élu des députés dans des régions anglophones traditionnellement conservatrices telles Charlotte, Victoria et Carleton.

Et si certains députés libéraux pourraient parler plus fort sur la question linguistique, nous Acadiens devrions reconnaître le travail de Serge Rousselle qui s’est tenu debout sur plusieurs dossiers à caractère francophone et plus particulièrement sur le dossier des autobus scolaires. Pour la première fois, un ministre exprime, à chaque fois qu’il s’adresse soit aux anglophones soit aux francophones, les responsabilités qui incombent aux élus dans une province bilingue.

Là où l’affaire se complique et devient inquiétante, c’est du côté des conservateurs. Malgré les efforts de Madeleine Dubé et de Jody Carr, il semble de toute évidence que le caucus soit contrôlé par l’aile anti-francophone du parti. Bruce Fitch, le leader actuel, ne défend aucunement l’héritage de Richard Hatfield. Jake Stewart, le député de Miramichi Sud-Ouest qui lorgne la chefferie, tient des propos inquiétants sur le bilinguisme et Blaine Higgs, qui a annoncé sa candidature cette semaine, est un ancien aspirant à la chefferie du COR. Il ne semble pas croire que son unilinguisme soit un handicap pour son élection! Où sont les Claude Williams, les Paul Robichaud et les Percy Mockler pour défendre l’héritage de Richard Hatfield et de Jean-Maurice Simard? Rappelez-vous que Pierre-Amand Landry était un conservateur!
JEANNOT VOLPÉ

La seule province officiellement bilingue au Canada vit actuellement une crise linguistique alimentée par des éléments radicaux des deux côtés. Durant des périodes économiques difficiles, la population cherche des coupables, ce qui fait raviver les cendres du débat linguistique.

Le gouvernement Gallant continue d’ignorer l’évolution, la progression et l’intensité du débat et s’en sert même comme d’un outil politique pour diviser le Parti progressiste-conservateur. Le ton du discours a atteint un niveau que l’on n’avait pas entendu pendant plusieurs années. Un peu comme un feu d’herbe ignoré et laissé sans surveillance, qui pourra prendre une ampleur et une intensité non prévue, la Loi sur les langues officielles demande une supervision et un leadership continu.

Je me souviens quand j’étais en bas âge, mes parents devaient trouver un traducteur pour saisir le contenu du courrier en anglais, qu’ils recevaient du gouvernement provincial. Les choses ont changé, mais il y a encore du travail à faire dans un respect mutuel. Je n’oserais pas soumettre ma candidature pour un poste de sous-ministre à la province si je ne parlais que le français seulement. Alors, pourquoi un unilingue anglophone peut-il postuler pour ce même emploi? C’est peut-être parce que le gouvernement lui-même ne respecte pas l’intention de la loi sur les langues officielles.

Pourquoi le gouvernement Gallant ainsi que l’opposition officielle ont-ils attaqué la commissaire aux langues officielles qui a dénoncé le fait qu’un employé unilingue anglais était à la réception de l’édifice du centenaire à Fredericton? Le gouvernement, au lieu de prendre ses responsabilités et d’admettre que le critère de la langue ne faisait pas partie du contrat, a blâmé la commissaire. Elle est présentement attaquée de toutes parts alors qu’elle ne faisait que son travail.

Un autre dossier en ébullition est celui des autobus unilingues qui, selon moi, contrevient à l’article 1 de la loi du bon sens. Durant les heures de classe, les élèves francophones ne doivent pas avoir de contact avec les élèves anglophones ou partager les autobus. Pourtant, beaucoup d’élèves marchent pour se rendre à l’école, et comble de l’horreur, ils parlent à des amis anglophones. Des parents conduisent eux-mêmes leurs enfants à l’école et à l’occasion font monter à bord des élèves anglophones sans se rendre contre de la gravité de leurs gestes. Combien de policiers de la langue faudra-t-il embaucher pour faire cesser cette contagion qui affecte les élèves durant les heures de classe? Moins d’aspects légalistes et un peu plus de leadership et de bon sens SVP.

L’éducation se fait dans les salles de classe et, selon moi, l’argent gaspillé à faire voyager des autobus à moitié vides devrait plutôt être investi afin d’offrir les meilleurs outils pédagogiques et plus d’enseignants afin d’améliorer les possibilités d’apprentissage des étudiants. Pourquoi le ministre de l’Éducation dit-il que les étudiants devraient apprendre une troisième langue, alors qu’il leur interdit de parler aux étudiants de l’autre langue officielle du N.-B.?

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