Racines acadiennes – La famille Lejeune

Les Lejeune sont arrivés tôt en Acadie. D’ailleurs, ce sont deux familles, plutôt qu’une, qui sont arrivées en 1642 et en 1651.

La première ne perpétua pas son nom après la troisième génération. De la seconde descendent donc la plupart des Lejeune acadiens.

Les deux familles étaient sans doute originaires de la même région. Elles utilisaient toutes deux le sobriquet «Briard», qui signifie «originaire de Brie», une grande région située à l’est de Paris. Les deux pionniers, s’ils sont parents, ne peuvent être au mieux que cousins.

De la première famille – reconstituée par le chercheur André-Carl Vachon – on ne connaît que les noms des enfants: Jean Lejeune, et ses sœurs Edmée et Catherine Lejeune. S’ils sont arrivés en 1642, ils sont sans doute accompagnés de leurs parents, car l’aînée n’a alors qu’environ 18 ans. Ils n’ont peut-être pas transmis leur nom jusqu’à nos jours, mais l’apport de cette famille demeure très important. Edmée Lejeune est la matriarche des Gautreau acadiens, et Catherine Lejeune est la matriarche des Savoie acadiens.

On sait qu’Edmée et Catherine étaient sœurs, grâce aux analyses génétiques (mitochondriales) qui démontrent qu’elles ont la même signature européenne (U6a7a1), ce qui sous-entend qu’elles avaient la même mère. Ces résultats confirment les dispenses déjà évoquées par Stephen White (1999) dans son dictionnaire. M. Vachon croit par ailleurs que Jean Lejeune est le frère de Catherine et Edmée. Les descendants de cette dernière ont vraisemblablement hérité de la concession de Belle-Isle qu’avait d’abord obtenue Jean Lejeune. Comme les enfants de Jean Lejeune ne demeuraient plus dans la région, il l’a peut-être vendue ou laissée à son beau-frère (François Gautrot).

Jean Lejeune dit Briart

Né vers 1629, Jean Lejeune se serait marié avec une Amérindienne vers 1649. Premier concessionnaire de Belle-Isle, il est absent au recensement de 1671. Il est décédé avant le recensement de 1686.

Comme Jeanne Lejeune dit Briard (m1 François Joseph, m2 Jehan Gaudet) a une signature amérindienne, on croit maintenant qu’elle était la fille de Jean Lejeune et de son épouse Mi’kmaq. On sait qu’elle n’est pas la sœur de Pierre Lejeune – comme l’avait suggéré Archange Godbout – puisque les dispenses de consanguinité nécessaires sont absentes chez leurs descendants.

Jean Lejeune serait aussi le père de Marie Briart, cette veuve citée au recensement des «Sauvages» de La Hève de 1708. Née en Acadie, elle déclare alors avoir 50 ans.

Pour ce qui est de Marie-Josèphe (Aimée) Lejeune, l’épouse de Paul Cellier citée en page 1050 du Dictionnaire de Stephen White, M. Vachon avance des indices crédibles qui suggèrent qu’il s’agirait de Marie Joseph dit Lejeune (dit Aimée), née vers 1676 (fille de Jeanne Lejeune et du Mi’kmaq François Joseph). Comme Jean Lejeune ne semble pas avoir de fils, le nom s’éteint avec sa petite-fille, Marie Joseph dit Lejeune.

tableau-lejeunePierre Lejeune dit Briard

La deuxième famille Lejeune – celle qui propagera le nom jusqu’à aujourd’hui, – est celle de Pierre Lejeune, né en Brie vers 1630.

André-Carl Vachon croit avoir trouvé la naissance de l’ancêtre, le 12 novembre 1628, à Thorigny-sur-Marne. C’est le seul Pierre Lejeune connu par le Cercle généalogique de Brie, dont l’âge correspond avec l’immigrant acadien. Il s’agit là d’un très bon candidat, mais sans autres preuves, on ne peut l’affirmer hors de tout doute.

Pour une telle recherche régionale, le «seul connu» n’équivaut malheureusement pas au «seul existant». Les registres de plusieurs paroisses n’ont été conservés qu’à partir des années 1630, 1640 ou 1650. Parfois même plus tard. Les registres disponibles en 1630 ne représentent donc qu’une fraction de la population d’une région donnée.

Il faut continuer de fouiller les archives des notaires sur place (successions, procurations) ou dans les ports de mer (engagement) pour trouver les preuves manquantes. Le cas de Jacques Belou (voir cette chronique) est la preuve qu’il faut garder espoir pour les nombreuses familles dans la même situation.

Si c’est bien le bon Pierre Lejeune, il est le fils de Charles Lejeune et de Jeanne Vaudet. Il serait l’aîné d’une famille de huit enfants, tous nés à Thorigny.

Pierre Lejeune dit Briard arrive en Acadie le 23 septembre 1651. Il a sans doute été recruté par Charles de Saint-Étienne de Latour au printemps de la même année.

Au terme de son engagement, vers 1654, il épouse une fille du major de la garnison de Port-Royal, Germain Doucet. Elle serait prénommée Marie selon M. Vachon.

Pierre Lejeune a probablement reçu une concession de son ancien compagnon de voyage, Philippe Mius d’Entremont, à La Hève où il a installé sa famille. Pierre a eu deux fils: Pierre marié à Marie Thibodeau, et Martin marié trois fois (d’abord à une Amérindienne, Jeanne Kagigconiac, puis à Marie Gaudet et enfin à Marie Arnault dit Renaud). Ce sont eux qui répandirent le nom Lejeune en Acadie jusqu’à nos jours.

Les autres souches

Outre les Lejeune de l’ancienne Acadie, on trouve plusieurs autres souches de Lejeune/Briard/Young au Nouveau-Brunswick. Voici les principaux:

Joseph Lejeune (m Olive Benoit). Cet interprète français, né à Saint-Denis près de Paris en 1858, s’est installé dans la Péninsule acadienne. Il est décédé à Rivière-du-Portage en 1942.

James Young (m Ann Ferguson). Ce marchand de Tracadie, originaire d’Écosse, est l’ancêtre de l’ancien député d’Acadie-Bathurst, Doug Young.

Joseph Bryar (m Rose Pitre en 1839). Cette famille installée à Robertville est bien «Bryar», et non «Briard». Joseph est d’origine portugaise. Comme ce sont ses fils qui le déclarent aux recensements (1871, 1891), nous n’avons aucune raison de croire que c’est faux, comme l’avancent certains membres de cette famille.

Jean Young (m Madeleine Dedam). Qualifié de «Sauvage» dans les registres, ce «John» Young serait un trappeur d’origine écossaise, selon les notes de Placide Gaudet. Il aurait épousé en secondes noces Cécile Pitre.

Noël Young, Mi’kmaq (m Marie-Françoise, Mi’kmaq).
Sources:

VACHON, André-Carl, L’histoire de la famille acadienne des Lejeune dit Briard, Sainte-Adèle (Québec), Klemt édition, 2014, 786 p.

 

Chronique précédente / chronique suivante.