Pourrons-nous garder nos écoles ouvertes encore longtemps?

La décision du ministre Serge Rousselle de ne pas accorder un sursis d’un an pour garder l’école de la communauté de Saint-Paul, au Sud-Est du Nouveau-Brunswick, a de quoi surprendre. Cette période de grâce avait été suggérée au ministre, par le Conseil d’éducation du District scolaire francophone sud, afin de mener une étude sociolinguistique pour déterminer si sont respectées les exigences juridiques associées à l’application de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et des libertés. Cet article garantit l’accès à l’éducation dans la langue de la minorité lorsque le nombre le justifie.

Comme on peut le lire dans son commentaire publié dans l’Acadie Nouvelle de vendredi dernier, le président du DSL de Saint-Paul, Marc Henri, croit que la décision de fermer l’école irait à l’encontre de cet article.

Cette décision du ministre Rousselle surprend quand on sait à quel point il est sensible à la question des droits linguistiques de la minorité. On se souvient que lorsqu’il a été informé que des élèves anglophones et francophones prenaient le même autobus, il a immédiatement agi afin que les élèves concernés aient un transport scolaire dans sa langue.

Il faut quand même admettre que la situation n’est pas évidente autant pour la communauté de Saint-Paul que pour toutes les communautés rurales du Nouveau-Brunswick. Dans son commentaire, Marc Henri mentionne une série de mesures que les citoyens de Saint-Paul ont prises ces dernières années pour sauver leur communauté.

La plus importante est la construction d’un centre de la petite enfance spécialisé en francisation ouvert depuis 2013. Il s’agit d’un élément important parce qu’un bon nombre d’enfants du territoire de l’école Saint-Paul vont plutôt, actuellement, à l’école anglophone de Harcourt ou de Magnetic Hill. Ce centre de la petite enfance prépare les enfants dont la langue maternelle est l’anglais, à entrer à l’école francophone.

On sent bien que les derniers gouvernements, depuis au moins celui de McKenna, essaient de manger le chou sans que la chèvre se lamente. C’est-à-dire que les gouvernements aimeraient bien fermer les écoles peu fréquentées de la province. Tout le monde paie les frais de garder toutes les écoles ouvertes. Il en coûte deux fois plus par élève dans une petite école comme celles de Saint-Paul, de Pointe-Verte ou de Saint-Sauveur.

Garder une école peu fréquentée signifie que les districts scolaires doivent faire des choix qui, en un sens, réduisent le financement de toutes les autres écoles. Mais dans le cas de l’école Saint-Paul, je suis extrêmement sensible à la dimension linguistique. Comme contribuable, je consens à ce que mes taxes contribuent à assurer la vitalité de l’éducation en français.

Par contre, comme citoyen, j’aimerais que ma province se dote d’une réelle stratégie pour revitaliser nos régions rurales. Petit à petit, la dénatalité met sur le respirateur artificiel une école à la fois. Si rien ne change, il faudra, un jour, se résigner à les fermer… si rien ne change, elles fermeront d’elles-mêmes.

Pour garder les écoles ouvertes, ça prend des enfants. Pour assurer la survie de la province, les grands économistes de la province affirment que ça va prendre des enfants, sinon, le fardeau financier ne sera pas soutenable.

Il faudrait peut-être commencer à penser à une vraie stratégie de développement régional. La pleine municipalisation, par exemple, permettrait de donner les outils nécessaires aux communautés pour qu’elles puissent se revitaliser.

Il faudrait peut-être aussi commencer à penser à une vraie stratégie de développement familiale. Des garderies, bien sûr, mais ça prend aussi des politiques et des mesures pour encourager les naissances. Sinon, dans 20 ans, je prédis la fermeture des garderies qu’on s’apprête à ouvrir!