N’apprendrons-nous jamais rien? C’est ce que je me demande en voyant les nouvelles désastreuses en provenance de la réserve d’Attawapiskat, en écoutant le chef évoquer ces jeunes qui, par dizaines, pensent au suicide et ceux et celles qui ont déjà commis l’irréparable, en observant, sur mon écran, le regard hagard des jeunes autochtones, leur désespoir évident et les conditions désastreuses dans lesquelles ils vivent.

Nous sommes en 2016, nous a déjà dit le premier ministre Trudeau. Eh bien, en septembre 1992, je m’envolais pour Davis Inlet au Labrador et me retrouvais nez à nez avec la même misère. Quel choc de découvrir que mon beau pays cachait quelque part, au Nord de mon quotidien, un tiers-monde avec bidonvilles, dénuement et détresse! Je suis retournée à Davis Inlet un ou deux ans plus tard, parce que les jeunes se démolissaient les neurones et le corps à respirer des vapeurs d’essence. Déjà.

Cette année-là, il y a 24 ans!, comme aujourd’hui, on se dépêcha d’envoyer du personnel spécialisé sur place, les journalistes arrivèrent en masse pour documenter l’horreur et la population plus au Sud découvrit les nouvelles avec consternation. Cette fois-là aussi, un élan de solidarité empoigna la majeure partie des Canadiens et Canadiennes partagés entre une honte confuse et le désir d’aider son prochain.

Un quart de siècle! Et nous revoici à la case départ… Vous me direz (et vous aurez raison) qu’il en est ainsi de tous les grands problèmes de société: la violence familiale, la pauvreté chez les enfants, la liste est longue, rien ne se règle rapidement. Une tragédie secoue de temps en temps notre torpeur et puis nous retombons vite dans le désintérêt et l’ignorance.

Cette fois, le gouvernement Trudeau a promis de s’attaquer de front et avec les moyens nécessaires à ce mal-être chronique qui, n’en déplaise à Jean Chrétien, ne tient pas seulement à l’éloignement, mais à de graves problèmes structurels, sociaux, culturels et identitaires. Espérons que, cette fois-ci, on arrivera à quelque chose. Il y a des Attawapiskat partout dans le Nord du Canada et des milliers de gens désespérés pour qui le suicide est une option de plus en plus attirante. Nous n’avons pas le droit de donner de faux espoirs à des populations laissées pour compte depuis des siècles.

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