Personnalité de la semaine: Marguerite Maillet

Marguerite Maillet ne fait pas son âge. Âgée de 92 ans, l’écrivaine acadienne originaire de Saint-Norbert, dans le comté de Kent, regorge encore d’énergie. Tellement qu’elle s’est donné un nouveau projet; transformer la petite église de son village natal en une maison jeunesse. La Maison Étoile doit initier les jeunes aux arts et à la culture. Mme Maillet a dévoué sa vie à la jeunesse. D’abord lors d’une importante carrière en tant que professeure-chercheuse à l’Université de Moncton. Ensuite, à l’âge de 72 ans, elle a fondé la première maison d’édition acadienne de livres jeunesse. Celle qui croit vivre encore bien longtemps n’a pas peur d’entamer un nouveau projet. Elle finance elle-même la transformation de l’église de Saint-Norbert en Maison étoile. Elle est la personnalité de la semaine Radio-Canada/Acadie Nouvelle.

Pourquoi transformer une église en maison jeunesse?

Je l’ai appelé la Maison Étoile. Une étoile pour nous guider, eux et nous. Le but est de rencontrer les enfants avec leurs parents. Ce n’est pas une garderie. C’est pour les enfants de 4 à 8 ans, on dit de la petite enfance. Notre projet est double. On va raconter des histoires aux enfants et une artiste qui m’accompagne dans ce projet offrira des ateliers aux enfants sur le dessin et la peinture. Une troisième personne organisera de petits spectacles. Le but est donc de développer le côté culturel et social des enfants. Ce sera ouvert deux mois durant l’année, comme au pays de la Sagouine. Nous, on a un programme plus précis destiné aux enfants.

Pourquoi est-ce important pour vous de sauvegarder l’église de Saint-Norbert?

Pour la sauvegarde de l’église, bien je viens de Saint-Norbert, alors je ne voyais pas l’église de l’endroit être démolie comme ça. Toute démolition ou fermeture d’une église ou d’une école, bien c’est quelque chose de fort important pour les gens. Même si elle appartenait depuis longtemps à la paroisse de Saint-Marie, le symbole était quand même là. L’église est debout. La démolir, c’est un symbole qui disparaît. C’est terrible pour une communauté. Alors, je trouvais que c’est important de la conserver. Quand j’ai vu qu’il y avait un risque qu’on la démolisse, je me suis dit que j’avais l’énergie de faire un autre projet et que ce serait pour les enfants de 4 à 8 ans. Ce sera peut-être plus divertissant que les autres projets.

À 92 ans, où trouvez-vous encore l’énergie pour mener de si grands projets?

«Je pense que j’ai de bons gènes. J’ai une grand-mère qui est morte à 102. Ma mère me disait que je pouvais vivre aussi vieille qu’elle. Alors, j’ai pensé, dans ce cas, qu’il me fallait de beaux projets. Ensuite, vraiment, je pense que je trouve l’énergie parce que je travaille pour les jeunes. Je crois tellement dans la jeunesse. Les jeunes, les enfants, ils ont tellement besoin d’occasions pour se développer. Ils sont tellement pleins d’énergie, de bonne volonté et ils sont intelligents. Il suffit des occasions pour se développer et avancer.

Pourquoi la jeunesse vous passionne-t-elle à ce point?

Je pense que j’ai été enseignante depuis l’âge de 5 ou 6 ans. Je pense que je tiens ça de ma mère. Elle a inculqué ça à tous ses enfants. Elle a eu 13 enfants. En revenant de l’école, elle faisait la vaisselle, je m’en souviens, dès la première année, elle me demandait ce que j’avais appris dans la journée. On n’avait pas de devoirs à faire, alors j’étais toute contente de raconter à maman tout ce que j’avais fait dans la journée. J’apprenais à ce moment-là. L’enseignement, pour moi, c’est un partage. Ç’a toujours été comme ça. Aussitôt que j’ai une bonne nouvelle, je dois la partager. L’enseignement, quand j’étais professeure à l’Université de Moncton, eh bien c’était ça! Les jeunes sont tellement ouverts, si on peut les encourager et les aimer, ils le voient immédiatement. Les plus jeunes, c’est la même chose.

Initier une ouverture sur le monde chez les jeunes semble important pour vous, pourquoi?

«Je voulais que nos enfants voient l’anglais et le français, mais qu’ils n’aient pas peur d’une autre langue. Il y a d’autres langues que le français et l’anglais et partager ça, c’est une richesse. C’est partager une culture. Si on est sûr de soi, on n’a pas peur de s’ouvrir à l’autre, c’est ça que je voulais leur dire aux enfants. Si on n’est pas bien dans notre peau ou si on croit que les nouveaux qui arrivent vont prendre notre place, bien alors on se ferme sur le monde.

Vous avez récemment reçu le premier prix remis à une francophone par les Prix littéraires de l’Atlantique. Votre travail de pionnière a été reconnu. Comment vous sentez-vous?

«Le dernier prix que j’ai reçu, l’Atlantic Book Awards, c’est un de ceux qui m’a plus réjoui parce que c’était différent et c’était un prix d’ouverture. L’Atlantic Book Society est une société anglophone. C’était la première fois qu’elle s’ouvrait sur la francophonie. Même si c’était une petite ouverture pour la première fois, c’était déjà beaucoup. Pour montrer qu’ils voulaient s’ouvrir, ils sont venus au Nouveau-Brunswick pour la première fois afin de tenir leur soirée gala et ils ont dit qu’ils allaient offrir leur prix le plus prestigieux, le Pionnier, à un Acadien ou une Acadienne.

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