On ne sait plus quels adjectifs inventer pour décrire l’horreur de l’incendie qui dévaste la région de Fort McMurray, au moment fatidique où le marché du pétrole a piqué du nez. L’Eldorado albertain aurait-il vécu ses beaux jours?

Même si l’extraction des sables bitumineux met carrément l’environnement en péril, et défigure la nature, comme en font foi les images aériennes des immenses cratères de cette région – «le plus important chantier énergétique de la planète», selon Greenpeace – il serait inutile et malvenu, aujourd’hui, de se lancer dans de grands discours à ce sujet, car l’heure est à la catastrophe… et à la tristesse, à la pensée de ces milliers d’honnêtes travailleurs et travailleuses dont les rêves sont partis en fumée.

C’est à l’Acadie que j’ai pensé en premier quand j’ai appris la nouvelle. Cet ouragan de feu, même s’il sévit à l’autre bout du pays, a une résonance particulière en Acadie, puisque nombre de travailleurs d’ici sont allés là-bas, ou y sont toujours, dans l’espoir bien légitime de gagner leur vie.

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On reste sans voix devant ces flammes qui dévorent tout. On reste pétrifié devant les images d’une nature livrée à elle-même dans ce qu’elle a de plus terrifiant. On se sent petit…, minuscule…, microscopique… On ressent sa fragilité cosmique. On saisit qu’une force immense, extrêmement puissante, règle l’horlogerie de la vie.

Il ne nous reste plus qu’à faire preuve d’humilité devant l’ampleur de ce qui nous dépasse.

Ensuite sonnera l’heure de la résilience: retrousser ses manches pour repartir à neuf.

C’est dans ces moments existentiels, aussi atterrants soient-ils, que la vie nous demande du sang-froid et de la lucidité. Il faut garder l’espoir d’un jour meilleur. Un jour de grosse pluie, dans les circonstances.

Voilà ce que je veux dire à toutes les familles acadiennes touchées par cette tragédie aux dimensions écologiques: mes bras ne sont pas assez longs pour éteindre cet incendie, mais mon cœur est grand et il est avec vous.

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LES ÉLOIZES

Le samedi 7 mai, à Dieppe, avait lieu la Soirée des Éloizes visant à honorer les artistes acadiens qui se sont le plus (ou le mieux?) illustrés depuis deux ans.

Quoi de plus gratifiant pour un artiste que de s’avancer sous les feux de la rampe pour être célébré par ses pairs et par les pontes d’une industrie aussi scintillante!

Même si le milieu acadien des arts zé de la culture est assez restreint, rien n’empêche de tenir un gala pour apprécier collectivement ce qu’on a.
La Soirée des Éloizes met en pratique ce que me répétait mon oncle Albert, jadis, en tirant les vaches!

«Il faut chérir ce qu’on a», me répétait-il, paraphrasant sans le savoir cette célèbre maxime de saint Augustin: «Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède».

Je profite donc de l’occasion pour féliciter à tour de bras les concepteurs, réalisateurs, producteurs, animateurs, organisateurs et autres zincontournables de la scène acadienne.

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Est-ce en raison de cette taille modeste de l’Acadie que j’ai l’impression de voir souvent les mêmes noms étinceler au générique de la production des grands événements soulignant l’apport de l’Acadie à l’industrie culturelle dorénavant mondialisée?

Dans ce contexte, j’aimerais délicatement, si on me le permet, émettre le vœu sincère que, dans l’euphorie de la réussite, on n’oublie pas de prévoir systématiquement une place pour les jeunes d’aujourd’hui, afin de les former aux aléas de la production, etc., ces futurs zincontournables qui créeront les événements de demain et qui décerneront, en tremblant de respect, des «prix Hommage» amplement mérités aux plus chevronnés.

Je dis ça parce qu’on se désole souvent que les agences gouvernementales et les institutions phares fassent appel à des cerveaux de l’extérieur pour réaliser leurs grandes manœuvres de marketing ou autres, ainsi que nous l’a démontré récemment la nouvelle Unicorne financière, ou quelque chose du genre.

Je redis qu’il faut dès aujourd’hui penser à la relève dans tous les domaines, quitte à faire des partenariats avec des firmes extérieures s’il le faut, ou à jumeler jeunes et professionnels d’ici aguerris, pour développer l’expertise locale, en matière de production et autres, évitant le cercle vicieux du tiraillage intergénérationnel qui risque de refaire surface un jour ou l’autre.

En attendant, félicitations exubérantes de circonstances, lauréats béats zé béates lauréates! On est très fiers de vous!

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LES ÉLECTIONS MUNICIPALES

Lundi 9 mai: jour d’élections municipales. J’ai suivi les résultats sur l’internet, grâce à la collaboration d’amis qui m’ont aidé à m’orienter dans les méandres du site de Radio-Canada (car je voulais entendre les commentaires et réactions). Si on a pu dire des gadgets électroniques de Apple qu’ils sont conviviaux, le moins que l’on puisse dire du site labyrinthique de Radio-Canada, c’est qu’il est orwellien! Gggrrrr…

Je vais facturer le prix d’une Valium à Radio-Canada!

Mais revenons calmement à nos élus municipaux.

Ils ont promis dur comme fer de travailler à l’amélioration du bien commun, affirmant être ou vouloir être au service de la population. Eh ben. Félicitations! Les bons sentiments, il en faut en politique.

Évidemment, vous n’oublierez pas, on le souhaite vivement, qu’il faut aussi de l’action! Des gestes concrets, tels que la mise en place de conditions propices aux petites et moyennes entreprises, ou de programmes visant l’épanouissement de la jeunesse et des aînés, ou d’événements célébrant les activités sportives et culturelles; pas seulement de grosses bâtisses ceinturées par d’immenses parkings qui, on sait jamais, pourraient un jour servir de piste d’atterrissage à une soucoupe volante.

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Enfin, il est à espérer que ce rebrassage de cartes municipales améliore le sort de la communauté francophone provinciale si piteusement abandonnée par ses chefs de file depuis quelque temps.

Mais l’expérience plutôt démotivante vécue depuis l’arrivée au pouvoir du Gallant gouvernement, aussi prometteur à l’époque qu’une corne d’abondance puisse l’être, devrait nous inciter à ménager nos alléluias politiques pour l’instant.

Si la confiance s’impose, aux lendemains des élections, l’idéal visé impose, lui, de ne pas renier ses «bons sentiments». Surtout les bons sentiments électoraux!

Han, Madame?

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