«Nous sommes passé d’une économie de marché à une société de marché.»

– Michael Sandel

Le philosophe et politologue américain, Michael Sandel, s’inquiète de la transformation sournoise de la société américaine depuis quelques années. Armé d’exemples désarmant, il s’indigne de la notion qui veut que, dans son pays, tout peut être acheté, y compris le goût de lire.

Des chercheurs universitaires ont offert de payer un groupe d’enfants pour qu’ils apprennent à lire. À 2$ le livre, ils ont trouvé preneurs. Effectivement, les enfants ont pris le goût de lire, mais l’évaluation de l’expérience a démontré qu’ils ne lisaient pas mieux ni plus que leurs collègues de classe qui lisaient simplement pour le plaisir de lire. Mais ceux qui étaient payés lisaient effectivement de plus en plus de livres… avec de moins en moins de pages! Pas bêtes ces jeunes.

Si cette expérience n’a pas donné les résultats attendus, il y en a d’autres qui viennent nourrir les inquiétudes de Sandel. Par exemple, saviez-vous qu’il est possible d’acheter la célébrité aux États? Vous pensez sûrement à la famille Kardashian. Mais non, je pense plutôt aux entreprises qui, pour un prix, vous organiseront une foule qui courra à votre rencontre dans une place publique. Ils prendront des photos et demanderont votre autographe et un égo-portrait avec vous avant de s’en aller en criant leur joie folle de vous avoir vu.

Si votre campagne à l’élection municipale n’a pas donné les résultats voulus, il y a des entrepreneurs qui vous organiseront une foule de partisans la prochaine fois. Ils s’afficheront avec vos macarons et vous suivront partout avec des enseignes portant votre nom et applaudiront vos déclarations les plus banales.

D’autres entreprises embauchent des chômeurs ou des sans-abris pour garder votre place dans une longue file d’attente.

À Santa Barbara, en Californie, un détenu peut acheter, à 82$ la nuit, une cellule plus confortable dans une section plus douce de la prison.

Enfin, les américains ont même privatisé leurs guerres. En Iraq, il semble qu’il y a davantage de mercenaires à contrat payés par l’armée américaine que de soldats membres des forces.

Ce qui nous amène à poser la question qui tue: si tout est à vendre et tout peut s’acheter, comment ferons-nous pour apprécier ce qui n’a pas de prix?

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