J’ai vu l’avenir de la francophonie canadienne

La fin de semaine dernière, j’ai participé au Grand rassemblement de l’éducation en français (GREF). Dans ma chronique de vendredi, j’avais souligné l’importance d’un tel événement. J’y reviens cette semaine parce que, bien honnêtement, malgré mes bons mots, j’avais sous-estimé l’ampleur de l’événement.

Vendredi soir, dans la grande salle du Delta de Moncton, j’étais entouré de plus de 600 professionnels de l’éducation de partout au pays. C’est toute la francophonie canadienne qui y était représentée. Nourri, pendant toute la journée, des échanges avec des participants de partout au pays, ayant entendu les défis qu’ils relèvent chaque jour, j’ai senti, dans cette salle, que l’avenir de la francophonie canadienne se jouait, là, dans la tête et le cœur des personnes qui m’entouraient.

Je me suis dit: «Si ces enseignants et ces directions d’écoles abandonnent et arrêtent d’y croire, c’en est fini de la francophonie canadienne en milieu minoritaire». C’est aussi simple que ça!

Bien sûr, je ne veux pas négliger l’importance des lois, notamment l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés qui garantit le droit à l’éducation dans la langue de la minorité. Mais ces lois sont inutiles si, d’une part, les parents francophones ne s’en prévalent pas pour leurs enfants et, d’autre part, si les enseignants et les directions refusent de devenir de véritables missionnaires.

Nos héros de la francophonie doivent lutter quotidiennement contre des préjugés tenaces concernant la langue et la culture francophone. L’une de ces idées préconçues est la crainte manifestée par de nombreux parents que leur enfant n’apprenne pas l’anglais s’il va à l’école francophone. Ils préfèrent plutôt les programmes d’immersions françaises offerts dans les écoles anglophones.

Cette crainte est manifeste. Une directrice d’une des commissions scolaires francophones de l’Alberta me racontait qu’une des écoles de sa région compte environ 150 élèves, mais si tous les enfants des familles dont au moins un parent parle le français allaient à cette même école, celle-ci compterait plutôt 600 élèves.

Le chercheur Rodrigue Landry, et ses collaborateurs, ont depuis longtemps démontré que le meilleur scénario pour produire un adulte bilingue, en contexte minoritaire, est de le scolariser dans la langue de la minorité. Dans le cas de la minorité francophone, la culture anglophone est tellement puissante qu’elle se charge aisément d’enseigner la langue anglaise en dehors des murs de l’école.

En se comparant, on se console dit l’expression. La situation au Nouveau-Brunswick fait l’envie des autres communautés francophones du Canada. Nous avons non seulement les lois qui sont favorables à la survie de la culture et de la langue, mais nous avons aussi les institutions. La dualité linguistique en éducation est le plus bel héritage laissé par celles et ceux qui se sont battus pour l’obtenir.

Elle permet, entre autres, de se donner les outils appropriés pour répondre aux besoins de notre société acadienne et francophone. La politique d’aménagement linguistique et culturel en est un très bon exemple. Et d’après ce que j’en sais, elle devrait se retrouver dans le prochain plan d’éducation de 10 ans qui sera annoncé sous peu.

Vivre en français, au Canada, c’est tout un défi. Mais à voir la bonne humeur et la passion dans les yeux des participants de la dernière fin de semaine, je suis sûr que le défi sera relevé encore bien longtemps.