Eye in the Sky: un suspense percutant

ecranLa vie d’un enfant innocent vaut-elle plus que celle de trois têtes dirigeantes d’un des plus dangereux réseaux terroristes de la planète et de deux fanatiques qui se préparent à commettre un attentat suicide?

Voilà la question que pose avec un brio et un réalisme saisissant le film Eye in the Sky du Sud-Africain Gavin Hood (gagnant en 2005 de l’Oscar du meilleur film en «langue étrangère» avec Tsotsi).

Cette oeuvre d’une finesse rare qui mêle habilement réalité et fiction nous transporte dans la traque de trois occidentaux qui ont des liens avec le groupe Al-Shabaab (une organisation terroriste affiliée à Al-Qaïda). Les trois occidentaux sont suspectés d’être des hauts gradés du mouvement et des renseignements laissent croire qu’ils se sont réfugiés au Kenya.

Aux commandes de cette traque est la générale britannique Katherine Powell (Helen Mirren). Depuis Londres, elle dirige une équipe qui comprend deux pilotes américains de drone (basés au Nevada), une spécialiste de l’identification des terroristes (à la base de Pearl Harbor) ainsi que des équipes de surveillance et d’intervention armée sur le terrain (au Kenya).

L’équipe alliée de contre-terroriste menée par Powell a ses cibles en vue grâce au drone américain et semble se diriger vers une capture facile quand, à la surprise de tous, les trois têtes dirigeantes se réfugient dans une enclave musulmane contrôlée par des soldats lourdement armés d’Al-Shabaab. Afin d’éviter un bain de sang, une intervention sur le terrain devient du coup hors de question.

La situation devient encore plus compliquée quand, à l’aide d’une caméra miniature, l’équipe découvre que les trois cibles se trouvent maintenant dans un bâtiment où un attentat suicide est en préparation. Les alliés devraient-ils utiliser un missile lancé d’un drone pour mettre fin à la menace?

Le débat sur la question prend une tout autre tournure quand une jeune Kenyane se positionne en bordure du bâtiment cible afin de vendre du pain. Ses chances de survie en cas d’attaque seraient à peu près nulles.

Ce qui était une question politique, juridique et militaire se transforme alors en virulent débat éthique.

La vie de cette enfant, potentiellement tuée par un missile occidental, vaut-elle celle des 80 victimes potentielles que pourrait faire un attentat suicide mené par des islamistes radicaux?

Intense

Présenté comme drame d’espionnage, Eye in the Sky est bien plus que ça. C’est d’abord et avant tout un intense et très puissant drame qui remue les sentiments humains les plus fondamentaux.

Les questions que soulève le film n’ont pas de bonnes réponses. Rien n’est blanc ou noir. Tout est question d’interprétation, de valeurs, de convictions.

En ce sens, aucune conclusion ne saurait satisfaire le spectateur. On sort du visionnement totalement soufflé; épuisé par la lourde réflexion que nous a imposée le film et sous le choc devant les innombrables questions éthiques que soulèvent les nouvelles façons de faire la guerre.

Impeccable

Si le film de Gavin Hood (qui se donne ici des airs de Paul Greengrass) fonctionne, c’est que le jeu de sa distribution est impeccable. Helen Mirren, pour une, est d’une froideur d’acier et d’une détermination inébranlable.

Aaron Paul (Breaking Bad) est lui aussi brillant dans le rôle d’un pilote de drones aux prises avec sa conscience, tout comme le Somalien Barkhad Abdi (Capitaine Phillips) et la petite nouvelle venue Aisha Takow.

Profond

Eye in the Sky est un grand cru du cinéma britannique. Une oeuvre profonde et cérébrale qui, en ayant recours à un minimum de scènes d’action, nous met face aux horreurs de la guerre et nous tient en haleine pendant presque deux heures.

Et je peux vous garantir que, même après avoir vu le film et avoir entendu les protagonistes discuter de la question en long et en large, vous serez incapables de déterminer avec certitude si la vie d’une gamine vaut plus que celle de cinq terroristes…