Racines acadiennes – Moncton et les pionniers de Terre Rouge

Le 3 juin, les descendants des premières familles allemandes de Moncton marqueront le 250e anniversaire de leur arrivée de Pennsylvanie. Le 3 juin, les descendants des premières familles allemandes de Moncton marqueront le 250e anniversaire de leur arrivée de Pennsylvanie.

Le nom de l’organisation qui encadre cet événement, la Moncton’s «Permanent» Settlers Association (MPSA), peut laisser entendre que ces familles étaient les premières à s’établir à Moncton. Si leur titre est factuel – en ne considérant que les limites actuelles de la municipalité –, il ne faut pas se méprendre.

Il y avait bien des familles acadiennes établies à Moncton dès la fin des années 1730. Et pour la famille Jean Babineau, si elle n’est pas restée sur place, elle ne s’en est jamais bien éloignée.

Pour ne pas les laisser dans l’oubli, la Fédération des associations de familles acadiennes organise sa propre commémoration honorant les premières familles acadiennes établies à Moncton. Elle aura lieu près du monument érigé il y a 30 ans en leur honneur, dans le parc du Mascaret, le samedi 28 mai.

Terre Rouge

On ne connaît malheureusement pas l’endroit exact où étaient établies les familles acadiennes à Terre Rouge, mais on sait qu’une petite chapelle y a été construite en 1748.

Les fondations auraient été identifiées par Placide Gaudet en 1884, mais elles ont été partiellement recouvertes par la construction de l’Hôtel Rodd. Les églises et chapelles étaient normalement construites à proximité, si ce n’est au centre, des habitations du coin.

Breau et Babineau à Moncton

On connaît au moins trois familles installées à Terre Rouge avant 1740.

Jean ou Jean-Pierre Babineau – né à Port-Royal en 1709 et marié à Isabelle Breau (fille de Pierre Breau et Anne LeBlanc) – est signalé au recensement de la Petitcoudiac de 1752 sous son sobriquet Deslauriers, avec sa femme, deux fils et trois filles.

Au recensement du même endroit en 1754-1755, il est nommé «Jean Babino».

La famille échappe d’abord à la Déportation en allant se cacher au ruisseau des Mécontents à Cocagne. Ils seraient passés par le camp l’Espérance à Miramichi avant de se rendre lors de la soumission des Acadiens en 1759 ou 1760. Ils sont alors emprisonnés au fort Beauséjour jusqu’au traité de Paris.

Si les documents n’en font pas de mention particulière, on peut penser que Jean Babineau retourna sur sa terre à Moncton pour reconstruire en 1763 après avoir été libéré. Mais avec l’arrivée des colons allemands titres en main, la famille de Jean Babineau a dû quitter sa propre terre sans cérémonie et sans recours.

La famille est passée par Halifax en 1768, où leurs enfants Paul et Isabelle sont cités. Jean Babineau voulait-il y contester sa récente dépossession?

De retour au N.-B., on retrouve «John Babbinno» deux ans plus tard (1770), au recensement de Hillsborough. Il y est recensé avec «trois autres hommes» (ses fils Syvain, Jean et Dominique), sa femme et une fille (Marguerite). Son fils Paul est recensé séparément. Ses enfants s’établiront par la suite avec leurs familles dans tout le Sud-Est (Memramcook, Richibouctou, Barachois, etc.).

On ne peut donc pas vraiment dire que la famille n’ait jamais quitté la région. Cette famille mérite donc le titre de première famille permanente «de la région» de Moncton.

Jean Babineau n’était pas seul à Terre Rouge: une partie de la famille de sa femme y était aussi installée dès la fin des années 1730, mais la Déportation les a menés sous d’autres cieux.

Son beau-frère Joseph Breau, marié à Isabelle Thibodeau, a été déporté au Massa­chusetts, avant de rejoindre le Québec à la suite du Traité de Paris.

La famille de sa belle-soeur Brigitte Breau et de son mari Charles Thibodeau a suivi Beausoleil Broussard, d’abord à Saint-Domingue (Haïti), puis en Louisiane.

À la veille de la Déportation, il y avait aussi plusieurs autres familles tout le long de la Petitcodiac.

Rassemblement du 28 mai

La date du 28 mai pour un rassemblement acadien n’est pas fortuite. Stephen White explique: «On a choisi de commémorer ces familles le 28 mai puisque c’est la date de naissance en 1753 de Dominique Babineau qui fut le seul enfant de cette famille toujours présente dans la ville et la région pour lequel le baptistaire a survécu jusqu’à nos jours.»

La cérémonie débute à 14h et ceux qui désirent y participer doivent se rassembler devant l’estrade du parc du Mascaret avant 13h45. Pour plus de renseignements, visitez le site de la FAFA.
La toponymie avant 1755

Terre Rouge: Moncton. Semble centré près du ruisseau de l’Acadie (Hall’s Creek). Le marais des Babineau, qui s’étend du côté de Dieppe en faisait probablement aussi partie.

La Chapelle: Terre Rouge est aussi connu sous La Chapelle après la construction de cette dernière en 1748.

Le Coude: comprends les villes riveraines du coude de la rivière, soit celles du Grand Moncton (avec Dieppe et Riverview).

Petitcoudiac: comprends les établissements sur ses deux rives, de Salisbury à Hillsborough.

Trois Rivières (région): comprends les rivières Petitcodiac, Memramcook et Cobequid, qui se jettent dans la baie de Chipoudy, à la tête de la baie Française (Fundy).

 

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Références:

Stephen White, Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson (tableau et communications personnelles).

Raoul Dionne, L’origine acadienne de Moncton: Le Coude, Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 37, n° 3, 1983, p. 399-416.

 

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