Dans les documents, on connaît peu la vie de l’ancêtre des Robichaud acadiens. Ces lacunes documentaires ont laissé place à l’imagination chez certains généalogistes par le passé.

Rebicher et Rebecheau: fausses pistes

D’abord, on a cru qu’Étienne était le fils de Louis Rebicher (le nom a été lu «Robichau» par erreur), enterré à Québec le 4 janvier 1649.

À la suite des travaux de Geneviève Massignon, on a cru l’avoir trouvé à La Chaussé, fils de Louis et Marie Sauvage. Il suffit de regarder un peu plus loin dans les registres paroissiaux pour voir que cet Étienne Rebecheau n’a jamais quitté sa région. Il est toujours sur place à La Chaussé alors que l’Acadien est établi à Port-Royal.

Étienne Rebecheau est marié à Vincente Guiet. Ils ont une fille Denise baptisée le 17 avril 1668 à La Chaussé. Pendant ce temps, Étienne Robichaud et Françoise Boudrot ont deux enfants à Port-Royal: Charles (vers 1667) et Prudent (vers 1669). Il ne peut donc pas être à deux endroits au même moment.

Une génération plus tard, Étienne Rebecheau est toujours présent à La Chaussé, au mariage de sa fille Denise avec Vincent Chempion le 6 février 1687. À cette date, Étienne Robichaud est mort et enterré à Port-Royal. Au recensement 1686, sa femme est déclarée veuve.

Étienne Rebecheau dit La Ville, pour sa part, est décédé à La Chaussé à l’âge de 86 ans le 25 février 1718.

La Plauderie

Malgré ces faits établis, un groupe français fait toujours la promotion du projet de «La maison Robichaud» en pays loudunais. Le domaine visé, La Plauderie, était une métairie en face du château de la Bonnetière. Louis Rebecheau aurait travaillé au château en tant que domestique.

Des fonds importants (11 millions d’euros) ont été votés par la Conseil départemental de la Vienne – bonifiés la semaine dernière de 2 millions d’euros supplémentaires – pour L’Historial du Poitou, qui comprend l’espace dédié au «Berceau de l’Acadie en pays loudunais».

La communauté des communes du Loudunais a pour sa part fait l’acquisition d’un terrain de la Plauderie pour une somme nominale (500 euros), mais le budget prévisionnel pour le mémorial et les sommes engrangées n’ont pas encore été dévoilées.

Le groupe cite des «archives privées» pour associer La Plauderie à la famille Rebecheau (qui n’est pas la famille acadienne), mais même là, il y a des doutes. Selon des documents trouvés par Jean-Marie Germe dans les archives publiques, un certain Claude Turquois habitait la maison en 1632. Il est cité lors d’un achat de terre par Mme de Jousserand, le 21 février 1632.

Si ces «archives privées» existent, elles doivent être produites, sinon c’est trop facile d’inventer ce que l’on veut sous ce voile.

Les sommes englouties dans cette aventure auraient pu être mieux utilisées par les archives départementales pour numériser les fonds notariaux, par exemple, ce qui nous permettrait de fouiller notre histoire à distance. Comme vous avez remarqué depuis le début de cette chronique, on ignore toujours les origines de nombreuses familles, et il y a encore un travail titanesque à faire dans les archives françaises pour les découvrir.

Les origines d’Étienne Robichaud

Dans les faits, on ne connaît rien sur les origines de l’Acadien Étienne Robichaud, outre qu’elles sont sûrement françaises.

Au recensement de 1671 – le Domesday Book du peuple acadien –, Étienne refuse de répondre au curé Molins qui mène l’enquête. Son entrée se lit comme suit: «Laboureur: Estienne Robichaut ne ma pas voulu voir. Il a sorty de chez Luy et a dit a sa femme quel me dit qu’il ne me vouloit point donner le conte de ses bestiaux et terres…»

Étienne se délie la langue plus facilement sept ans plus tard, au recensement de Port-Royal de 1678. À cette occasion, il déclare avoir 2 arpents en valeur et 10 pièces de bétail. Étienne a sans doute d’autres occupations que l’agriculture.

Étienne Robichaud est probablement arrivé à la toute fin des années 1650. Vers 1663, il épouse Françoise Boudrot, la fille du futur lieutenant civil et criminel de Port-Royal, Michel Boudrot, que j’ai déjà évoqué dans ces pages. Le couple aura six enfants, dont deux filles et quatre garçons.

 

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Références:

Stephen White, DGFA, Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson, 1999.

Jean-Marie Germe, Bulletin AGCF, no 41, 2015, p 23.

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