Cabinet Gallant: Est-ce que les francophones ont perdu du pouvoir?

BERNARD THÉRIAULT

Ceux qui mesurent l’influence d’un ministre par le budget de son ministère comprennent mal les rouages de la politique au Nouveau-Brunswick.

Dans la préparation d’un cabinet qui suit immédiatement une élection, on récompense les députés et les régions qui ont livré des sièges au gouvernement, alors qu’un remaniement à mi-mandat va plutôt investir pour les prochaines élections.

Brian Gallant lorsqu’il a remanié le cabinet cette semaine, a rafraîchit son équipe pour les prochaines élections. Pour ceux qui diront que les francophones ont perdu de l’influence, je dirai qu’ils ont tort puisqu’aucun francophone n’a quitté le cabinet et ceux-ci incluent le premier ministre et représentent encore la moitié du cabinet, du jamais vu depuis le premier cabinet de Louis Robichaud en 1960.

Quant à l’importance des ministères, tout cela est bien relatif. Rappelez-vous Vaughn Blaney sous le gouvernement McKenna qui a détenu des ministères moins lourds comme l’Environnement et les Affaires municipales. Cela ne la jamais empêché d’être parmi les ministres les plus influents et les plus populaires de son époque. Il nous aura légué des lois sur l’assainissement de l’air et sur la récupération des contenants qui font encore écho dans tout le pays.  À ceux qui croient que Donald Arseneault vient de connaître une diminution de pouvoir, je vous dirai que c’est tout le contraire. Après avoir mené avec succès le dossier du gaz de schiste, le premier ministre le nomme aux Affaires intergouvernementales pour faire de lui un interlocuteur privilégié à Ottawa. À l’Enseignement supérieur, les universités et les collèges seront ravis, car ils gardent de monsieur Arseneault un excellent souvenir de l’époque où il détenait ce portefeuille sous le gouvernement Graham.

Victor Boudreau garde la Santé et Roger Melanson sera libéré d’une surcharge de travail pour s’occuper de ce qu’il fait le mieux, la promotion et l’expansion du commerce.  Francine Landry demeure avec Serge Rousselle les ministres les plus performants de ce cabinet. Landry sera excellente dans son nouveau ministère du Développement économique étant elle-même une femme d’affaires aguerrie. Serge Rousselle ne l’oublions pas est l’un des seuls ministres qui a mis ses culottes pour défendre la cause des Acadiens. Il sera aux Affaires municipales, la personne idéale pour finalement municipaliser le territoire et pour emmener la province au 21e siècle dans le dossier du réchauffement de la planète.

Enfin Denis Landry saura, je l’espère, apporter son gros bon sens et sa disponibilité à la Sécurité publique. Quant aux deux nouveaux ministres, c’est tout à fait normal d’augmenter la représentation anglophone à l’aube d’une élection et surtout d’une course à la chefferie chez les conservateurs.  Les Bleus sont mal placés pour critiquer ce cabinet, embarrassés par les propos de plusieurs de leur candidat à la chefferie. Laissez-moi vous dire que le concept d’égalité ne vole pas haut au pays des conservateurs ces jours-ci!

Seul petit bémol à ce cabinet, le titre de ministre des Affaires celtiques non seulement n’était pas nécessaire, mais risque d’ajouter à la confusion autour de la question linguistique. Il n’y a pas de doute dans mon esprit, c’est un meilleur cabinet que le précédent!

JEANNOT VOLPÉ

Un remaniement ministériel nécessaire et imposé, il est le résultat de décisions irréfléchies et le besoin de corriger la perception des anglophones que le gouvernement est dirigé par des francophones.

Certains ministres comme Rick Doucet ou Brian Kenny, méritent de demeurer au conseil des ministres. Par contre M. Gallant a manqué une belle occasion d’apporter du sang nouveau et d’envoyer un message de leadership. Des ministres qui ne manquent jamais une occasion de se mettre les pieds dans la bouche et le gouvernement dans l’embarras auraient dû être remplacés. Hedard Albert est parti, Victor Boudreau demeure, n’ayant pas encore rempli la demande de Dominic LeBlanc concernant les juges. Plusieurs décrivent d’ailleurs ce remaniement comme bizarre ou de façade.

Certains considèrent qu’il est faux de croire ce qui semble être une plus grande place aux femmes. La nouvelle ministre des Finances s’occupera du ministère des Finances alors que les décisions budgétaires du gouvernement seront toujours sous l’autorité du ministre Roger Melanson. La ministre Francine Landry sera maintenant plus près de ce qu’elle connait, soit le développement économique. Reste à savoir si elle sera toujours sous la tutelle du ministre Donald Arseneault. La nouvelle ministre Lisa Harris aura une composante bizarre à son ministère soit celui des Affaires celtiques. Une façon, semble-t-il, d’envoyer un message que les anglophones ne sont pas oubliés en leur donnant une visibilité distincte.

J’ai été étonné de voir la façon immédiate dont des ministres se sont engagés à revoir des décisions de leurs prédécesseurs qu’ils ne semblaient pas approuver. Il y a plusieurs étapes à suivre avant que des décisions gouvernementales soient annoncées. Il y a d’abord un comité de politiques et priorités, composé de ministres qui rencontrent des fonctionnaires afin de bien comprendre et analyser les changements proposés. Ensuite le conseil de gestion, s’il y a une implication budgétaire, aussi composé de ministres, qui questionnent la pertinence des changements et s’ils justifient une implication financière. Ces changements ou nouvelles politiques doivent ensuite avoir l’approbation du cabinet des ministres où tous les ministres et le premier ministre sont présents et donnent la décision finale. Les ministres annoncent les décisions prises par le gouvernement.

Donald Arseneault veut faire porter le blâme du changement aux droits de scolarité et aux emplois étudiants à Mme Landry et se dit prêt à aller voir le programme de l’Ontario. Pourtant il avait été le premier à dire que le programme du N.-B. était copié de l’Ontario et même plus avantageux. Ou bien M. Gallant et ses ministres ignorent totalement le fonctionnement du processus décisionnel ou ils mentent de façon intentionnelle, délibérée et nonchalante à la population du N.-B.

Le premier ministre dit qu’il va maintenant donner son plan d’action et sa vision à ce nouveau conseil des ministres. Il y a visiblement un manque de leadership lorsque le caucus libéral ne connait pas encore la vision et le plan d’action du premier ministre après deux ans au pouvoir.