Ceux et celles qui se demandent, souvent sous couvert de fausse tolérance, pourquoi les homosexuels et lesbiennes tiennent tant à organiser des défilés de la Fierté gaie ont maintenant une réponse: Orlando.

Ces défilés ne sont pas simplement nécessaires, ils sont essentiels.

Car il y a encore (il y en aura toujours, hélas!) des crétins qui croient que leur petite conscience atrophiée par l’ignorance et la peur devrait servir de mesure d’évaluation de ce qui est «normal» ou pas; la normalité étant, bien entendu, le salmigondis de préjugés lovés dans ce qui leur sert de cerveau.

De là à transformer en haine viscérale ce retard mental, ce refus de la différence, ce rejet de l’autre, il n’y a qu’un pas que certains n’hésitent pas à franchir, en prenant bien soin de se munir d’une arme à feu pour être certain que le bruit des balles compensent le silence assourdissant de leur intelligence évidée.

Terreur ou haine? C’est la même chose. Ce sont les deux faces d’une même médaille.

Oui, l’homophobie, cette dangereuse perversion enduite d’une épaisse croûte de crasse morale, sait très bien se travestir en terrorisme.

***

Depuis dimanche, j’écoute, parfois distraitement, parfois en colère, parfois triste, les élucubrations médiatiques sur la tuerie d’Orlando, sur le tueur immonde, sur ses idées, son éducation, son origine, sur son parcours professionnel.

J’écoute ce qu’on radote sur les soupçons qui ont pesé sur lui et qui lui ont valu des interrogatoires en règle du FBI qui, avec la dernière incompétence, l’a laissé libre d’aller à sa guise, de continuer à travailler armé pour une agence de sécurité même pas alertée, semble-t-il, par ses démêlés avec le FBI.

J’écoute le monde straight essayer d’échafauder un scénario qui pourrait inscrire dans une trame logique une suite de gestes illogiques où le protagoniste – indispensablement hétérosexuel et accessoirement homophobe – serait parti du point A pour se rendre en ligne droite au point G, le point gai, celui-là où tout bascule parce que monsieur n’aurait pas digéré l’image – ô combien indigeste pour un cœur straight normal! – de deux hommes qui s’embrassent.

***

J’écoute le monde straight essayer de donner un sens à un geste insensé.

Mais il n’y en a pas. Ce terrorisme homophobe puise à des sources si lointaines qu’elles font peur, une peur atavique qui transcende notre infime compréhension du mystère de la vie humaine.

De tout temps, on a voulu faire une humanité d’hommes et de femmes hétérosexuels qui auraient pour fonction primaire de faire des enfants, pour la suite du monde. Et tous les autres hommes et toutes les autres femmes qui ne pouvaient ou ne voulaient pas se conformer à ce modèle étaient exclus du lot.

Dieu merci, après des milliers d’années de girations mentales et autres, le gros bon sens semble en voie de prévaloir, et les hommes et les femmes de bonne volonté donnent l’impression de reconnaître et d’admettre enfin que la sexualité est multiple, comme un champ de fleurs, et qu’il est maintenant possible de croiser deux hommes qui s’embrassent sans se sentir obligé d’aller faire un carnage dans une discothèque gaie.

Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas une première aux États-Unis. Faut-il rappeler que le 24 juin 1973, trente-deux personnes perdirent la vie dans l’incendie criminel d’un bar gai de la Nouvelle-Orléans? Les pyromanes avaient pris soin de boucher toutes les issues de secours avant de mettre le feu, pour s’assurer que les gais ne puissent échapper à cet enfer.

Il n’y avait pas les terroristes islamistes de Daesh à l’époque pour donner une onction idéologique à ce crime, mais l’homophobie partage ceci avec Daesh qu’elle sait, elle aussi, faire flèche de tout bois.

***

Hier, une tangente inattendue s’est greffée à cette sordide affaire: le tueur aurait été un client du bar en question. Cette donne ouvre la porte à une série de questions du genre: était-il homosexuel?

Était-ce un homosexuel homophobe (eh oui, ça existe!) qui, mû par un profond dégoût de soi, aurait décidé d’en finir avec ses démons en tuant ceux qui les incarnaient à ses yeux? Est-ce possible que ce maelstrom d’émotions violentes, conjugué à une autre attirance, celle pour le terrorisme islamiste, l’ait fait littéralement disjoncter?

Et que dire de son éducation familiale? Quelles sont les valeurs que lui ont transmises ses parents, son père en particulier, originaire d’Afghanistan et grand défenseur des Talibans, selon ce que j’ai pu glaner dans divers médias? Les Talibans ne sont pas des tinamis des gais, c’est le moins que l’on puisse dire.

Certes, le groupe terroriste Daesh s’est fait fort de «revendiquer» l’attentat après l’annonce que le tueur avait prêté allégeance à l’organisation dans un appel téléphonique quelques minutes avant son crime. Même si Daesh professe une haine «naturelle» envers les gais, c’est évident que dans l’esprit tordu de cette bande d’assassins, toute exaction commise en son nom fera son affaire, même si le tueur est lui-même gai. Ils ne sont pas là pour défendre quoi que ce soit, mais tout simplement pour tuer, décapiter, lapider, crucifier, brûler, violer, mentir et mourir.

Officiellement, au nom d’un dieu qui, s’il existe, doit souvent regretter d’avoir créé l’homme libre.

***

Pour ceux et celles qui refusent de voir que la réalité homosexuelle est encore aujourd’hui problématique pour nombre de gais et de lesbiennes, le fait de pouvoir clamer qu’il s’agit uniquement d’un énième attentat terroriste est une bonne porte de sortie pour éviter d’en prendre acte, encore et toujours.

Mais pour tous ceux et celles qui savent que tout n’est pas rose au pays rose, cet attentat jette un éclairage cru et glauque sur un fait troublant: l’homophobie est une forme de terrorisme.

Terrorisme individuel et insidieux, hypocrite et crapuleux, immoral et mortel.

«Je pleure Orlando», m’a dit un ami dans un message téléphonique. Oui, je pleure Orlando aussi.

Je pleure la haine, peu importe son origine, son nom, sa couleur. Peu importe ce qui la nourrit et qui finira par tuer l’humanité.
Han, Madame?

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle