Lors d’un référendum dimanche, une écrasante majorité (78% à 22%) de votants suisses ont rejeté la proposition d’un revenu annuel garanti pour tous. Toutefois, l’idée avait du sens; et elle resurgira.

Le raisonnement en faveur du progrès technologique — qu’il crée plus de postes qu’il n’en abolit — n’est plus valide. Dans les années 1980, 8% des nouveaux emplois créés dans les économies développées étaient dans de tout nouveaux domaines: des centres d’appels à la programmation informatique. Dans les années 1990, seuls 4,4% des nouveaux emplois entraient dans cette catégorie. Dans les années 2000, ce pourcentage n’était que 0,5%.

Il y a donc moins d’emplois à temps plein avec des avantages sociaux — seul un quart des Américains en âge de travailler en occupent un — et le travail occasionnel, de plus en plus présent dans l’économie, ne comble pas la lacune. Il se peut que l’on réussisse à mettre du pain sur la table avec de petits boulots (à bas revenu, à court terme et souvent à temps partiel), mais on ne joindra jamais les deux bouts, et on n’obtiendra certainement jamais une hypothèque…

Les emplois industriels étaient les premières victimes de l’automatisation, suivis de certains emplois de bureau. Comme l’a dit quelqu’un: «Chaque guichet automatique renferme le fantôme de trois employés de banque». Aujourd’hui, cette réalité touche aux emplois que l’on ne croyait jamais pouvoir remplacer par l’automatisation; par exemple, les conducteurs.

Le stade expérimental de voitures autonomes, qui respectent scrupuleusement la limite de vitesse (et qui provoquent des embouteillages de conducteurs enragés), arrivera bientôt à sa fin dans différentes grandes villes. Par la suite, des millions de postes de conducteurs se retrouveront en danger.

Ce «problème», cependant, est en fait une réussite. Comment une économie peut-elle causer des problèmes si elle offre d’excellents biens et services sans que l’on doive travailler pendant la moitié de ses heures de veille? La vraie question est de trouver comment répartir les profits de l’automatisation quand on n’aura plus besoin de travailler.

Une solution à cette nouvelle réalité? Un revenu de base universel. En gros, tout le monde recevrait un revenu garanti qui leur permettrait de vivre, peu importe si on est pauvre ou riche, avec ou sans un emploi. On pourrait gagner ce que l’on veut, si on peut trouver du travail, mais ses besoins de base seraient satisfaits.

On n’a pas mentionné de sommes lors du référendum suisse, mais ceux qui ont proposé l’idée pensaient aux alentours de 2 500$ par mois pour chaque adulte et une somme supplémentaire de 625$ par enfant. Ces montants seraient offerts au lieu de l’aide sociale humiliante; on plaît donc à la fois aux droitistes et aux gauchistes.

Dans le modèle suisse (et dans de nombreux autres), un revenu de base universel coûte environ 50% de plus que les dépenses actuelles de l’aide sociale, donc les taxes augmenteraient. Par contre, les revenus augmenteraient aussi, y compris ceux des personnes à revenu élevé, car eux aussi recevraient le paiement annuel fixe de 30 000$.

Quant à la croissance inévitable de l’«économie des petits boulots», elle servirait tout simplement de complément salarial. S’il y a des offres d’emploi, certaines personnes voudraient sûrement y répondre — sinon, ces personnes vivraient quand même confortablement.

Environ la moitié des emplois traditionnels à temps plein restants seront abolis par l’automatisation dans les dix à vingt prochaines années, donc c’est une idée qui a fait son chemin. Pourquoi les Suisses l’ont-ils alors rejetée d’une majorité de 4 à 1? C’est principalement en raison de leur accord avec l’Union européenne qui stipule que leurs frontières sont relativement ouvertes.

Luzi Stamm, député du Parti populaire suisse droitiste, aimait l’idée à la base, mais pas du point de vue pratique. «En théorie, si la Suisse était une île, la réponse serait oui, explique-t-il à BBC. Mais vu les frontières ouvertes, c’est totalement impossible… Si on offrait à chaque particulier [vivant ici] la somme d’argent de la proposition, des milliards de personnes essayeraient de déménager en Suisse.»

Bien, peut-être des dizaines de millions. En tout cas, la solution est le contrôle des frontières, pas l’abandon de l’idée. Et c’est sûr que celle-ci resurgira.

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